Forum africain de l’eau : certains médias en mode avion
Le forum africain de l’eau s’est achevé à N’Djamena sur des engagements financiers majeurs et une ambitieuse Déclaration de N’Djamena. Pourtant, alors que cet événement plaçait le Tchad au cœur des débats continentaux sur la sécurité hydrique, plusieurs médias privés ont brillé par leur absence. Un paradoxe qui interroge le rôle de la presse face aux grands rendez-vous nationaux.
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Sommet qui dépasse les frontières du Tchad
Pendant deux jours, le forum africain de l’eau a fait de N’Djamena la capitale africaine des débats sur la gestion de l’eau. Chefs d’État, institutions financières, partenaires techniques, experts et représentants de la société civile ont confronté leurs visions autour d’un même objectif : transformer les discours en actions concrètes.
La clôture, présidée par le Premier ministre Allah Maye Halina, représentant le président Mahamat Idriss Déby Itno, a consacré plusieurs avancées. L’adoption de la Déclaration de N’Djamena, la signature du Pacte national pour l’eau ainsi que deux importants accords de financement – 160 millions de dollars pour la sécurité hydrique et la résilience climatique, et 50 millions de dollars destinés à soutenir l’agriculture durable – témoignent de l’importance stratégique du forum africain de l’eau.
Ces annonces dépassent largement le simple cadre protocolaire. Elles concernent directement l’accès à l’eau potable, la lutte contre les effets du changement climatique, l’agriculture et la sécurité alimentaire de millions d’Africains.
Absence remarquée de certains médias privés
Mais un autre fait mérite d’être souligné. Malgré l’envergure continentale du forum africain de l’eau, plusieurs médias privés tchadiens n’ont pas couvert l’événement.
Les raisons peuvent être diverses : contraintes financières, choix éditoriaux, problèmes logistiques ou divergences avec les organisateurs. Toutefois, lorsqu’un pays accueille un sommet d’une telle importance, la mission journalistique dépasse les considérations habituelles.
Être présent ne signifie pas seulement prendre des photographies ou diffuser quelques images sur les réseaux sociaux. C’est écouter les experts, recueillir les réactions, analyser les engagements pris, interroger les décideurs et surtout expliquer aux citoyens les conséquences concrètes des décisions adoptées.
Informer plutôt que commenter de loin
Le journalisme ne se résume pas à reprendre les communiqués officiels. Les grands événements internationaux offrent justement l’occasion d’apporter plusieurs angles de lecture : économique, environnemental, diplomatique ou social.
Le forum africain de l’eau constituait une opportunité rare pour les rédactions de produire des reportages, des analyses et des enquêtes sur les défis de l’accès à l’eau au Tchad et en Afrique. Une présence sur le terrain aurait permis de confronter les promesses politiques aux réalités vécues par les populations.
L’absence de certains médias laisse ainsi le champ libre à une information souvent uniforme, alors que la pluralité des regards est l’un des fondements d’une presse crédible.
Responsabilité collective
Le forum africain de l’eau aura démontré que le continent cherche désormais des solutions communes face aux défis climatiques et hydriques. Les journalistes ont, eux aussi, une responsabilité dans cette dynamique : rendre accessibles les débats, décrypter les décisions et exercer leur regard critique.
Car un sommet de cette ampleur ne se couvre pas uniquement pour illustrer un agenda officiel. Il se raconte, s’analyse et se met en perspective. En choisissant de ne pas être présents, certains médias se sont privés d’une occasion de remplir pleinement leur mission d’information.
Au-delà des annonces financières, le forum africain de l’eau rappelle finalement qu’une démocratie vivante a besoin d’institutions fortes, mais aussi d’une presse capable d’être au rendez-vous des grands enjeux de son temps.
Martin HIGDE NDOUBA