AES : après Moscou, Assimi Goïta resserre les rangs avec le Niger et le Burkina Faso
La visite d’Assimi Goïta au Niger et au Burkina Faso, le jeudi 5 novembre 2026, dépasse le cadre d’une simple tournée de courtoisie entre dirigeants sahéliens. Quelques jours après sa participation au troisième sommet Russie-Afrique à Moscou, le président de la transition malienne a retrouvé Abdourahamane Tiani et Ibrahim Traoré. Une séquence diplomatique qui traduit la volonté des trois pays de renforcer leur coordination politique, sécuritaire et stratégique, dans un environnement régional toujours incertain.
Le calendrier de ce déplacement n’est probablement pas anodin. De retour de Moscou, où il a participé les 28 et 29 octobre au sommet Russie-Afrique, le général Assimi Goïta a choisi de se rendre successivement à Niamey et à Ouagadougou. Deux visites concentrées sur une même journée, auprès des deux autres dirigeants de l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette démarche donne à voir une priorité, celle de maintenir la cohésion du bloc sahélien et faire en sorte que les orientations diplomatiques de chacun s’inscrivent dans une stratégie commune.
Moscou, un rendez-vous diplomatique à partager
La participation d’Assimi Goïta au sommet de Moscou constitue un élément important pour comprendre cette tournée. Dans un contexte de rapprochement assumé avec la Russie, le déplacement du dirigeant malien lui a permis de prendre part aux discussions sur les relations entre Moscou et les pays africains. Il est rentré à Bamako le 1er novembre, avant d’engager, quatre jours plus tard, ses consultations avec ses homologues de l’AES.
Selon des informations rapportées par des sources proches des rencontres à PressAfrik, le dirigeant malien aurait notamment partagé avec ses pairs les enseignements de son séjour russe et transmis un message personnel de Vladimir Poutine. Ces éléments, qui ne figurent pas dans les communications officielles publiées sur les rencontres, restent à considérer avec prudence.
Le signal politique demeure néanmoins significatif. Le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont fait de leur rapprochement avec Moscou un axe important de leur politique extérieure. Dans cette configuration, les échanges entre les trois dirigeants permettent de coordonner leurs positions et d’éviter que les relations bilatérales avec leurs partenaires extérieurs ne se développent de manière isolée.
L’impératif sécuritaire au cœur de la concertation
À Niamey, les discussions entre Assimi Goïta et Abdourahamane Tiani ont notamment porté sur la situation sécuritaire dans l’espace confédéral et la lutte contre le terrorisme. Le communiqué conjoint publié à l’issue des échanges souligne l’engagement des deux dirigeants à poursuivre la consolidation de l’AES. Ils ont également salué les actions de la Force unifiée de la Confédération dans la lutte contre les groupes armés.
Cette priorité n’a rien de surprenant. Les trois pays restent confrontés à des violences persistantes, à la mobilité des groupes jihadistes et aux difficultés de contrôle de vastes territoires frontaliers. La mutualisation des moyens militaires et le partage du renseignement constituent donc des enjeux déterminants pour la crédibilité de leur alliance.
À Ouagadougou, les échanges avec le capitaine Ibrahim Traoré ont également porté sur la lutte contre le terrorisme, le développement et l’intégration africaine. Autant de dossiers qui montrent que la coopération sécuritaire ne peut être dissociée des ambitions politiques et économiques de la Confédération.
L’AES face au défi de la concrétisation
Au-delà des questions militaires et diplomatiques, les discussions ont également abordé la libre circulation des personnes et des biens, les infrastructures de transport, le développement agro-industriel ainsi que l’exploitation des ressources énergétiques et minières. Ces priorités traduisent une volonté de donner une dimension concrète à l’intégration sahélienne.
Car l’AES ne peut durablement reposer sur la seule proximité politique de ses dirigeants ou sur un discours commun de souveraineté. Sa solidité dépendra aussi de sa capacité à améliorer les conditions de vie des populations, à fluidifier les échanges commerciaux et à produire des résultats économiques tangibles.
La journée du 5 novembre révèle ainsi une double ambition, celle de consolider un front diplomatique commun et d’accélérer la construction d’un espace de coopération autonome. Mais derrière les images d’unité et les déclarations de solidarité, les défis restent considérables. La persistance de l’insécurité, les contraintes économiques et les attentes sociales constituent autant d’épreuves pour les trois gouvernements.
En retrouvant Tiani et Traoré dans la foulée du sommet de Moscou, Assimi Goïta envoie donc un message; les choix stratégiques du Mali s’inscrivent dans une dynamique collective. Reste désormais à transformer cette concertation au sommet en avancées mesurables pour les États et les populations de l’AES.