Tchad : la Médiature face aux limites de l’accord de paix de Miski
Présenté comme une étape vers l’apaisement dans le Tibesti, l’accord conclu entre les autorités tchadiennes et les représentants de Miski semble aujourd’hui mis à rude épreuve par la persistance des affrontements. Alors que la Médiature de la République appelle à la cessation des hostilités et à la reprise du dialogue, une question s’impose : que reste-t-il des engagements pris et pourquoi la paix promise peine-t-elle à s’installer durablement ?
Un texte de paix de quatorze articles face à la réalité du terrain
Signé le 20 avril 2025 à Bardaï, entre le gouvernement tchadien et le Comité d’autodéfense de Miski, l’accord de paix devait tourner la page de plus d’une décennie de tensions et de confrontations dans cette partie du Tibesti. Conclu sous la médiation de l’ambassadeur Saleh Kebzabo et avec la participation de Djouma Chaha, président du Comité d’autodéfense, le document comporte quatorze articles destinés à poser les bases d’une réconciliation durable.
Sur le papier, les engagements étaient pourtant importants. Le premier article prévoit la cessation des violences, directes ou indirectes, ainsi que l’arrêt des campagnes médiatiques hostiles entre les parties. Le deuxième accorde une amnistie générale pour les faits liés aux événements de 2019-2020. Le troisième prévoit la réhabilitation des militaires et fonctionnaires radiés en raison de leur implication dans le mouvement. Le quatrième ouvre la voie à l’intégration des combattants du comité dans les Forces de défense et de sécurité, après une formation.
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Sur le volet économique, le texte prévoit l’annulation des permis miniers en cours et la suspension des activités d’exploitation aurifère à Miski et dans ses environs, dans l’attente d’études environnementales, cartographiques et sociales. Il engage également l’État à poursuivre le dédommagement des populations affectées et à rétablir les services administratifs, sanitaires, éducatifs et sécuritaires.
Le suivi, maillon faible du processus de paix
Mais entre les engagements et leur exécution, le fossé semble considérable. L’article 8 prévoit une commission chargée du suivi de l’application du texte, sous l’autorité du Médiateur de la République. L’article 11 prévoit également une commission mixte réunissant les représentants des forces de sécurité et du Comité d’autodéfense, pour une durée de six mois.
Or, selon une enquête publiée le 17 octobre 2026 par Tchadinfos, la commission de suivi n’aurait jamais été formellement installée. Le calendrier initial prévoyait pourtant l’achèvement du processus en octobre 2025. Cette défaillance institutionnelle soulève une interrogation majeure : comment garantir le respect des engagements sans mécanisme opérationnel de contrôle ?
Les nouvelles tensions enregistrées dans la zone viennent ainsi fragiliser davantage ce processus. Le 5 novembre 2026, la Médiature a de nouveau exprimé ses inquiétudes face à la persistance des affrontements. Elle appelle les parties à cesser les hostilités à compter du 7 novembre et à renouer avec le dialogue.
La paix ne se décrète pas, elle se construit
La question n’est donc plus seulement de savoir pourquoi les armes reprennent la parole, mais aussi de déterminer qui répond de la mise en œuvre des engagements. Le gouvernement a-t-il respecté ses obligations ? Le Comité d’autodéfense a-t-il honoré les siennes ? Où en sont les dispositions relatives à l’exploitation minière, à l’intégration des combattants et à la restauration des services publics ?
L’accord du 20 avril 2025 ne peut rester un document de circonstance, brandi à chaque nouvelle flambée de violence. Sa crédibilité dépend désormais de l’application effective de ses dispositions, de la transparence et de la confiance entre les protagonistes.
À Miski, les populations n’ont pas seulement besoin de déclarations de paix. Elles attendent la sécurité, des services publics fonctionnels et une gestion équitable de leurs ressources. Si un accord de paix ne parvient pas à empêcher le retour des armes, il est urgent d’en examiner les blocages plutôt que de se contenter d’en rappeler l’existence. La paix à Miski mérite mieux qu’une succession de signatures et de communiqués.
Martin HIGDE NDOUBA
