CAF : les clubs de N’Djamena en quête de leur douzième homme
Le football tchadien s’apprête à vivre deux journées particulières. Les 4 et 5 septembre, les regards seront tournés vers le Stade olympique Maréchal Idriss Déby Itno de Mandjafa, où les représentants du pays disputeront leurs rencontres des tours préliminaires des compétitions africaines.
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À quelques jours de ces rendez-vous, la Fédération tchadienne de football association (FTFA) a choisi de jouer une autre carte : celle de la mobilisation populaire. L’appel est lancé aux habitants de N’Djamena pour venir soutenir les équipes engagées et transformer les tribunes en véritable force supplémentaire.
Les billets d’entrée sont déjà disponibles dans les dix communes d’arrondissement de la capitale, à la Ligue provinciale de N’Djamena ainsi qu’au secrétariat général de la FTFA. Une organisation qui traduit la volonté de rapprocher le football de son public et, surtout, de rappeler que les compétitions continentales ne concernent pas uniquement les joueurs et les dirigeants.
Les clubs face au miroir africain
Le constat est connu et il serait inutile de le masquer : le football tchadien peine encore à rivaliser avec les grandes nations du continent. Les clubs engagés dans les compétitions de la CAF évoluent souvent dans un environnement marqué par le manque de moyens, l’insuffisance des infrastructures et une préparation parfois loin des standards exigés par le haut niveau africain.
Sur les pelouses continentales, les écarts apparaissent rapidement. Organisation, expérience, stabilité financière, qualité des effectifs : autant de domaines dans lesquels les représentants tchadiens accusent encore un retard considérable.
Mais le football possède aussi cette capacité à déjouer les pronostics. Une équipe limitée sur le papier peut se transcender lorsqu’elle joue devant un stade acquis à sa cause. Dans ces moments-là, le public devient un acteur à part entière de la rencontre.
Les clubs tchadiens auront besoin de bien plus que des encouragements pour franchir durablement un cap. Il faudra investir dans la formation, améliorer les championnats locaux et donner aux équipes les moyens de préparer sérieusement les compétitions africaines. Mais, dans l’immédiat, la ferveur populaire peut offrir cette énergie qui manque parfois aux joueurs.
Le paradoxe des tribunes vides
N’Djamena aime le football. Les grandes affiches européennes font vibrer les écrans des bars, des restaurants et des quartiers. Les noms des stars internationales alimentent les conversations et les débats passionnés.
Pourtant, lorsqu’il s’agit de soutenir les équipes locales, l’enthousiasme semble parfois retomber. Les clubs jouent devant des tribunes clairsemées, loin de l’ambiance que pourrait offrir une capitale de plusieurs millions d’habitants.
C’est là tout le paradoxe du football tchadien : rêver de performances internationales sans toujours accompagner ceux qui sont chargés de les réaliser.
Peut-on exiger des résultats continentaux tout en laissant les joueurs évoluer dans une relative indifférence populaire ? Peut-on réclamer une meilleure image du football national sans faire du stade un lieu de mobilisation collective ?
Les compétitions de la CAF offrent donc une occasion de rompre avec cette habitude. Les clubs qui entrent en lice ne représentent pas seulement leurs villes ou leurs dirigeants. Ils portent également les couleurs du Tchad.
Un rendez-vous avec le football local
Les 4 et 5 septembre seront, à leur manière, un test. Un test pour les joueurs, évidemment, qui devront démontrer leur capacité à rivaliser avec leurs adversaires. Mais également pour les supporters, appelés à prouver que le football local mérite la même passion que celui que l’on regarde chaque week-end sur les chaînes étrangères.
Le développement du football tchadien ne dépendra pas uniquement du remplissage d’un stade pendant deux soirées. Les problèmes structurels demeurent et nécessitent des réponses durables. Formation, financement, professionnalisation et gouvernance restent les véritables chantiers.
Mais une victoire commence parfois par une tribune qui refuse de se taire. Les clubs doivent jouer leur partition, la fédération doit assumer ses responsabilités. Et N’Djamena, cette fois, est invitée à jouer son propre match : celui du soutien à son football.
Martin HIGDE NDOUBA

