Affaire des vivres détournés : Fatimé Boukar Kossei fixée sur son sort, 10 ans de prison
Après plusieurs mois d’enquête sur un vaste scandale de vivres destinés aux populations vulnérables, la justice tchadienne a rendu un verdict lourd de symbole. La condamnation de Fatimé Boukar Kossei et de deux anciens responsables marque un tournant dans la lutte contre la corruption au Tchad.
Chute brutale pour une ancienne ministre
L’affaire aura secoué les plus hautes sphères de l’administration tchadienne. Réunie en session criminelle à la maison d’arrêt de Klessoum, la cour d’appel de N’Djaména a condamné, ce 14 mai, l’ex-ministre de l’Action sociale, Fatimé Boukar Kossei, à dix ans de prison ferme pour détournement de vivres destinés aux populations vulnérables.
À ses côtés, Mahamat Abdelkerim Bagari, ancien secrétaire général du ministère, et Kaoudé Israël, ex-directeur des Solidarités, écopent de la même peine. Les trois hommes avaient été placés sous mandat de dépôt le 27 octobre 2025 après leur audition devant un juge d’instruction près la Cour suprême.
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Depuis plusieurs mois, Fatimé Boukar Kossei était au cœur d’une enquête menée par l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC). Les investigations ont révélé d’importants écarts entre les quantités de vivres officiellement réceptionnées et celles réellement distribuées aux bénéficiaires.
Plus de 11 milliards de FCFA à rembourser
Selon les conclusions de la justice, le préjudice financier dépasse les 11 milliards de francs CFA. Une somme colossale correspondant à la valeur totale des vivres détournés entre 2023 et 2024.
Outre la peine de prison, Fatimé Boukar Kossei et ses coaccusés devront payer une amende d’un million de francs CFA chacun ainsi qu’un franc symbolique au titre des dommages et intérêts.
La Cour leur ordonne également de rembourser l’intégralité des fonds détournés. Une décision qui traduit la volonté des autorités judiciaires de durcir le ton face aux crimes économiques qui fragilisent davantage les populations les plus précaires.
Pour de nombreux observateurs, cette affaire dépasse le simple cadre judiciaire. La condamnation de Fatimé Boukar Kossei intervient dans un contexte où les autorités multiplient les discours sur la moralisation de la gestion publique et la restauration de la confiance des citoyens envers les institutions
Message politique et judiciaire
Au-delà de la sanction pénale, le verdict contre Fatimé Boukar Kossei envoie un signal fort aux responsables publics. La justice tchadienne semble vouloir démontrer qu’aucun ancien ministre n’est désormais à l’abri de poursuites en cas de mauvaise gestion des ressources publiques.
Dans l’opinion, cette condamnation suscite des réactions contrastées. Certains y voient une avancée majeure dans la lutte contre l’impunité, tandis que d’autres attendent que d’autres dossiers sensibles connaissent le même traitement.
Martin HIGDE NDOUBA