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166 millions de têtes de bétail : la viande toujours à prix de luxe

Le Tchad figure parmi les grandes nations d’élevage du continent africain, avec un cheptel estimé à plus de 166 millions de têtes, auquel s’ajoutent près de 37,5 millions de volailles. Pourtant, à N’Djaména, cette abondance animale ne se traduit pas dans les assiettes. Avec seulement 1 000 FCFA en poche, s’offrir une portion de bonne viande relève de plus en plus du défi. Un paradoxe qui interroge la chaîne de commercialisation et le pouvoir d’achat des consommateurs.

Une richesse animale impressionnante

Les chiffres donnent le vertige. Selon le ministère de l’Élevage et de la Production animale, le cheptel tchadien atteignait 166 643 446 têtes en 2025, toutes espèces confondues. À cela s’ajoutaient 37 513 798 volailles et 11 391 044 camelins. Le Tchad occupe le premier rang mondial pour cette dernière catégorie. Ses pâturages naturels couvriraient plus de 84 millions d’hectares. Ces ressources placent le pays parmi les grandes nations pastorales du continent.

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Mais la taille du cheptel ne garantit pas un accès abordable aux produits animaux. Dans les marchés et les points de vente de N’Djaména, le prix de la viande pèse sur les budgets familiaux. En mars 2026, des consommateurs interrogés par Tchadinfos rapportaient qu’une quantité auparavant obtenue pour 1 000 FCFA coûtait désormais 1 500 FCFA. Cette hausse oblige certains ménages à réduire les portions ou à espacer leurs achats. La viande devient ainsi un produit moins accessible, malgré l’importance du cheptel national.

Du bétail vivant à l’assiette : une chaîne à renforcer

Le paradoxe ne date pas d’hier. Le Tchad continue d’exporter des animaux sur pied, alors que la transformation locale reste un enjeu majeur. En avril 2026, le président de la Fédération nationale des bouchers, tanneurs et transformateurs évoquait les difficultés d’approvisionnement pendant la période de soudure, notamment de mars à juin. Il soulignait aussi les coûts supportés par les commerçants : achat de l’animal, transport et dépenses nécessaires avant sa commercialisation. Ces charges peuvent se répercuter sur le prix final de la viande.

À ces contraintes s’ajoutent les défis des infrastructures d’abattage, de conservation, du transport frigorifique et de l’organisation des circuits de distribution. Sans investissements dans ces maillons, l’abondance du cheptel ne se traduit pas automatiquement par une baisse des prix. Des abattoirs modernes, des chaînes du froid et des unités de transformation pourraient rapprocher les zones de production des consommateurs et limiter les pertes. Une meilleure structuration des marchés est également nécessaire pour rendre la viande plus accessible.

L’abondance doit profiter aux consommateurs

À l’ouverture du deuxième Salon national de l’élevage, le 5 novembre 2026, le Premier ministre Allah-Maye Halina a appelé à faire de l’élevage un levier de transformation économique. Il a plaidé pour que les produits du secteur soient davantage transformés au Tchad, plutôt que de créer de la valeur ailleurs.
Primature du Tchad

L’enjeu est donc moins de compter les animaux que de mieux organiser leur valorisation. Les éleveurs doivent vivre de leur activité, les bouchers disposer d’un approvisionnement régulier et les ménages accéder à une viande de qualité à des prix supportables. Tant que ces objectifs ne seront pas conciliés, les statistiques du cheptel resteront éloignées du quotidien des consommateurs. Dans un pays riche en ressources pastorales, acheter de la viande avec un billet de 1 000 FCFA ne devrait pas relever de l’exception.

Martin HIGDE NDOUBA

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