Festival DARY : 23 provinces, une seule scène, toujours N’Djaména
Huit éditions, huit rendez-vous annoncés dans la capitale. Du 19 décembre 2026 au 3 janvier 2027, le Festival DARY revient à la Place de la Nation pour célébrer la diversité culturelle tchadienne. Mais derrière les discours sur l’unité nationale et la richesse des terroirs, une question dérange : pourquoi un festival censé représenter tout le Tchad peine-t-il à sortir de N’Djaména ? La culture nationale mérite mieux qu’une centralisation permanente.
A Lire aussi/Burkina Faso : Assimi Goïta à Ouagadougou pour une visite d’amitié et de travail
La diversité nationale à l’ombre de la capitale
Le Tchad compte 23 provinces, des dizaines de communautés et un patrimoine culturel d’une richesse exceptionnelle. Pourtant, lorsqu’il s’agit de mettre cette diversité en lumière, le rendez-vous semble avoir une adresse incontournable : N’Djaména.
Le 5 novembre 2026, le secrétaire général du ministère du Développement touristique, de la Culture et de l’Artisanat, Abdoulaye Souleymane Babalé, représentant le ministre Abakar Rozzi Teguil, a annoncé les préparatifs de la huitième édition du Festival DARY. Placée sous le thème « Nos cultures, notre force, notre avenir », cette manifestation se veut une célébration du patrimoine national.
L’intention est noble. Mais l’ambition interroge. Comment prétendre valoriser les cultures de toutes les provinces sans donner à leurs populations l’occasion d’accueillir, à leur tour, cette grande rencontre ? Pourquoi les mêmes délégations doivent-elles systématiquement converger vers la capitale pour faire découvrir leurs traditions ?
La décentralisation ne doit pas rester un slogan
On célèbre la diversité, on chante l’unité, on expose les costumes traditionnels, les produits artisanaux et les spécialités culinaires. Mais la véritable question est celle du partage des opportunités. Les provinces ne doivent pas être de simples fournisseurs de spectacles pour une capitale qui concentre déjà l’essentiel des grandes manifestations nationales.
À quoi sert de parler de développement territorial si les grandes initiatives culturelles restent enfermées dans le même périmètre géographique ? Moundou, Sarh, Abéché, Mao, Faya-Largeau ou encore Bongor ont aussi des infrastructures, des artistes, des artisans et des populations capables de porter un tel événement.
Le Festival DARY aurait tout à gagner à adopter un modèle itinérant, avec des éditions organisées alternativement dans différentes provinces. Une telle démarche stimulerait les économies locales, encouragerait le tourisme intérieur et rapprocherait les populations de leur patrimoine.
Une fête nationale qui doit changer d’échelle
Les organisateurs annoncent une programmation riche : spectacles, expositions artisanales, espaces gastronomiques, animations pour enfants et rencontres économiques. Des retombées sont attendues pour les artisans, les restaurateurs, les artistes et les opérateurs économiques.
Mais pourquoi ces opportunités devraient-elles profiter principalement aux acteurs installés dans la capitale ? La culture ne doit pas être seulement un instrument de communication institutionnelle. Elle doit aussi devenir un véritable levier de développement pour les territoires.
Le Festival DARY ne peut pas éternellement invoquer la cohésion nationale sans s’interroger sur sa propre organisation. L’unité ne se décrète pas depuis une scène unique. Elle se construit aussi en donnant à chaque province le sentiment d’être pleinement actrice de la République.
Il est temps de faire voyager DARY
Pour cette huitième édition, rendez-vous est encore donné à la Place de la Nation. Soit. Mais les prochaines éditions devraient ouvrir un véritable débat sur la décentralisation de cet événement.
Le Tchad n’est pas seulement N’Djaména. Ses cultures ne sont pas des objets d’exposition destinés à défiler chaque année devant le public de la capitale. Elles vivent dans les provinces, dans les villages et au sein des communautés.
Si le thème de cette édition affirme que nos cultures sont notre force et notre avenir, alors il est temps de donner à cette force toute sa dimension territoriale. Un festival véritablement national doit pouvoir voyager. DARY mérite de quitter, au moins de temps en temps, le confort de la capitale pour aller à la rencontre du Tchad profond.
Martin HIGDE NDOUBA


