Trafic de produits : qu’en est-il des vrais coupables ?
La saisie de drogues et d’alcool frelaté dans plusieurs quartiers de N’Djamena témoigne d’une volonté des autorités de reprendre le contrôle de l’espace urbain. Mais derrière chaque produit confisqué se cache une filière, des complicités et un réseau qui continuent d’alimenter un marché aussi lucratif que destructeur. La véritable bataille commence là où les saisies s’arrêtent.
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En coupant les feuilles, l’arbre ne meurt pas
Les images des tas de drogues, de bouteilles d’alcool frelatés et d’armes exposées devant les caméras sont devenues un rituel. Elles illustrent l’action des forces de sécurité et rassurent une opinion publique préoccupée par la montée de la criminalité. Pourtant, une question essentielle demeure : comment ces produits prohibés sont-ils arrivés jusqu’à N’Djamena ?
La récente opération menée par une commission mixte de sécurité à Mandjafalé, dans le 5ᵉ arrondissement, et à Katanga, dans le 2ᵉ arrondissement, a permis l’interpellation de 252 personnes. Les forces de l’ordre ont également saisi des armes, des drogues, notamment le « Colorado » et le « Bongo », ainsi que de l’alcool frelaté. Le bilan est conséquent et mérite d’être salué.
Mais ces arrestations concernent-elles les véritables organisateurs du trafic ou seulement les maillons les plus faibles de la chaîne ?
Remonter jusqu’aux véritables responsables
Aucun produit illicite ne traverse des frontières, ne circule entre plusieurs villes et ne se retrouve sur les marchés sans une organisation structurée. Derrière chaque sachet de drogue ou chaque bouteille d’alcool frelaté se trouvent des réseaux d’approvisionnement, des transporteurs, des distributeurs et, parfois, des complicités qui permettent à ces marchandises d’échapper aux contrôles.
Les consommateurs arrêtés et les petits revendeurs ne représentent souvent que la partie visible d’un système bien plus vaste. Les véritables bénéficiaires, ceux qui financent et organisent ces trafics, restent rarement sous les projecteurs.
La lutte contre ces réseaux exige donc davantage qu’une succession d’opérations ponctuelles. Elle suppose un travail d’enquête approfondi, un renforcement du renseignement et une coopération efficace entre les différents services chargés de la sécurité, des douanes et de la justice.
S’attaquer aux racines du problème
Le produit qui détruit la jeunesse tchadienne ne tombe pas du ciel. Il emprunte des itinéraires, franchit des postes de contrôle et trouve des circuits de distribution. Tant que ces filières resteront intactes, les saisies, aussi impressionnantes soient-elles, ne feront que ralentir temporairement un commerce qui se reconstitue rapidement.
La réussite de cette opération est indéniable. Elle envoie un signal fort aux trafiquants et démontre la capacité des forces de sécurité à intervenir. Mais l’efficacité de cette lutte se mesurera surtout à la capacité des autorités à identifier les commanditaires, démanteler les réseaux financiers et assécher durablement les sources d’approvisionnement.
Car, comme le rappelle un vieil adage, on ne fait pas tomber un arbre en coupant seulement ses feuilles. Pour protéger durablement la jeunesse et restaurer l’autorité de l’État, il est désormais temps de s’attaquer aux racines du trafic, là où se décide réellement le destin de chaque produit illicite qui arrive à N’Djamena.
Martin HIGDE NDOUBA


