Jeunesse tchadienne : trois jours de fête, 362 jours de galère
La 27ᵉ édition de la Fête nationale de la jeunesse tchadienne s’est achevée le 14 octobre 2026 à Pala, après trois jours de festivités. Si les autorités saluent la mobilisation des jeunes, une question demeure : au-delà des discours, des cérémonies et des réjouissances, que leur apporte réellement ce rendez-vous national ? Dans un pays confronté au chômage, à la précarité et aux inégalités d’accès à l’éducation, l’heure est venue de repenser cette célébration.
Trois jours de festivités, mais quelles perspectives ?
À Pala, dans la province du Mayo-Kebbi Ouest, la 27ᵉ édition de la Fête nationale de la jeunesse a officiellement pris fin le mercredi 14 octobre 2026. À la clôture, le ministre de la Jeunesse et des Sports, Naïr Abakar, a salué la mobilisation des participants avant d’annoncer qu’Abéché, dans la province du Ouaddaï, accueillerait la prochaine édition.
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Le rendez-vous est désormais terminé. Les délégations repartiront, les discours rejoindront les archives et les activités festives laisseront place au quotidien. Mais pour des milliers de jeunes confrontés à l’absence d’emploi, au manque de formation professionnelle et aux difficultés d’insertion, une interrogation persiste : qu’est-ce qui changera concrètement après cette célébration ?
Une fête nationale ne devrait pas se mesurer uniquement à la qualité de son organisation, au nombre de participants ou à l’enthousiasme des cérémonies. Elle devrait surtout être évaluée à l’aune des engagements pris et des résultats obtenus.
La jeunesse ne se résume pas aux privilégiés
Il est temps de sortir d’une conception réductrice de la jeunesse tchadienne. Celle-ci ne se limite ni aux étudiants des grandes villes, ni aux jeunes diplômés, ni aux militants des partis politiques proches du pouvoir. Elle comprend aussi les jeunes ruraux, les déscolarisés, les apprentis, les jeunes entrepreneurs sans financement, les femmes confrontées aux inégalités et ceux qui vivent loin des centres de décision.
La Fête nationale de la jeunesse doit leur donner une place réelle, et non symbolique. Comment prétendre parler au nom de toute une génération lorsque certaines catégories restent invisibles dans les débats publics ?
L’appartenance politique ne saurait constituer un passeport pour participer à la construction nationale. La jeunesse tchadienne est diverse, plurielle et parfois critique. Cette diversité doit être considérée comme une richesse, non comme une menace.
Transformer les discours en solutions
Plutôt que de concentrer l’essentiel des efforts sur les cérémonies, cette rencontre devrait devenir un espace de réflexion sur les urgences de la jeunesse : emploi, éducation, formation technique, entrepreneuriat, accès au numérique, participation citoyenne et santé.
Des ateliers réunissant les jeunes, les pouvoirs publics, les entreprises, les organisations de la société civile et les partenaires au développement permettraient de formuler des propositions concrètes. Chaque édition devrait déboucher sur une feuille de route, des responsabilités clairement définies, un calendrier et une évaluation publique des engagements.
D’autres pays africains ont développé des dispositifs d’accompagnement de l’entrepreneuriat, de formation professionnelle ou de participation citoyenne. Le Tchad peut s’en inspirer, à condition d’adapter ces expériences à ses réalités et de garantir un suivi effectif.
Faire de la prochaine édition un tournant
La Fête nationale de la jeunesse ne doit pas être un rendez-vous annuel où les jeunes applaudissent, écoutent et repartent avec les mêmes difficultés. Elle doit devenir un moment où ils interrogent les politiques publiques, proposent des solutions et participent aux décisions qui concernent leur avenir.
À Abéché, lors de la prochaine édition, les autorités auront l’occasion de donner un nouveau sens à cette célébration. Il ne s’agira plus seulement de réussir une organisation, mais de démontrer que les préoccupations exprimées à Pala ont été entendues et prises en compte.
Car une nation qui célèbre sa jeunesse sans investir durablement dans son avenir risque de transformer l’espoir en frustration. La véritable réussite de cette fête ne se mesurera pas au nombre de jours de réjouissances, mais aux perspectives offertes aux jeunes après la cérémonie de clôture. Célébrer la jeunesse est un symbole, lui donner les moyens de réussir est une responsabilité politique.
Martin HIGDE NDOUBA

