Femmes rurales : main d’œuvre invisible
Célébrée chaque 15 octobre, la Journée internationale des femmes rurales met en lumière celles qui nourrissent les familles, parcourent des kilomètres pour chercher de l’eau et participent à la production agricole. Au Tchad comme dans de nombreux pays africains, leur contribution demeure essentielle, mais leur travail reste trop souvent invisible, mal rémunéré et insuffisamment reconnu.
Dans l’ombre des villages, des journées sans repos
À l’aube, lorsque les premières lueurs du jour apparaissent, elles sont déjà debout. Dans les villages tchadiens, certaines prennent le chemin des points d’eau, une bassine ou un bidon à la main. D’autres préparent les repas, s’occupent des enfants, nourrissent les animaux ou rejoignent les champs. Leur journée commence avant celle de beaucoup d’autres et se termine souvent bien après le coucher du soleil.
Cette femme rurale est pourtant rarement au centre des discours sur le développement. Elle travaille, produit, nourrit et entretient la vie familiale, sans toujours disposer des moyens nécessaires pour améliorer ses conditions d’existence. Derrière les récoltes et la stabilité des ménages se cache une main-d’œuvre discrète, dont l’épuisement est souvent considéré comme une fatalité.
Eau, bois et champs : poids des tâches quotidiennes
Dans les zones où l’accès à l’eau potable demeure difficile, sa recherche représente une véritable épreuve physique. Les distances parcourues, les charges transportées et le temps consacré à cette corvée réduisent les possibilités d’éducation, de repos et d’activités génératrices de revenus.
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À cette responsabilité s’ajoutent les travaux agricoles. Semis, désherbage, récoltes, transformation des produits et vente sur les marchés : la femme participe à presque toutes les étapes de la chaîne alimentaire. Elle contribue ainsi à la sécurité alimentaire de son foyer et de sa communauté.
Pourtant, cette participation ne garantit ni autonomie économique ni reconnaissance sociale. L’accès limité à la terre, au crédit, aux équipements agricoles et aux formations freine encore les possibilités d’entreprendre et d’accroître les revenus. Le travail accompli au sein du ménage, quant à lui, reste largement absent des statistiques économiques ordinaires.
Reconnaître le travail, au-delà des discours
La Journée internationale des femmes rurales ne devrait pas se limiter aux cérémonies officielles et aux déclarations de circonstance. Elle doit servir à interroger les politiques publiques et les inégalités qui persistent dans les campagnes.
Au Tchad, investir dans les forages, les infrastructures rurales, les équipements agricoles et les centres de santé permettrait de réduire la pénibilité des tâches quotidiennes. Faciliter l’accès des femmes à la propriété foncière, aux financements et aux coopératives renforcerait également leur indépendance.
D’autres pays africains montrent que les organisations paysannes, les programmes d’épargne collective et les initiatives de transformation locale peuvent améliorer les revenus des productrices, à condition d’être accompagnés durablement.
Développement rural ne peut se faire sans elles
Il est temps de regarder la réalité en face : aucune politique de développement rural ne peut réussir en laissant de côté celles qui en constituent l’un des piliers. Reconnaître leur contribution, c’est aussi leur donner une place dans les instances de décision et leur garantir des conditions de travail dignes.
Cette femme rurale ne demande pas seulement des hommages. Elle a besoin d’eau à proximité, de terres accessibles, de revenus décents et de services publics fonctionnels. Derrière ses gestes quotidiens se joue une partie de l’avenir des familles et des générations futures.
Le 15 octobre rappelle ainsi une évidence trop souvent oubliée : celles qui nourrissent les villages méritent, elles aussi, de vivre dignement. Leur silence ne doit plus être confondu avec l’absence de mérite.
Martin HIGDE NDOUBA

