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Miski, un État dans l’État : les accords de paix à l’épreuve des armes

Deux officiers tués, neuf blessés et des accords de paix fragilisés : l’attaque contre la Brigade minière relance la question de l’autorité de l’État dans le nord du Tchad. Alors que le gouvernement et le comité d’autodéfense avaient signé un accord le 20 avril 2025, les violences mettent en lumière les limites du dialogue et les difficultés à rétablir un contrôle effectif sur les zones aurifères.

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Deux officiers tués, neuf blessés : la paix de nouveau menacée

Miski replonge dans la tourmente. Dans un communiqué publié le 14 octobre 2026, l’État-major général des armées (EMGA) annonce qu’une attaque a visé des éléments de la Brigade minière chargés de sécuriser les sites aurifères. Le bilan communiqué par l’armée fait état de deux officiers tués et de neuf blessés. L’assaut est attribué au comité d’autodéfense local.

Au-delà du bilan humain, cette attaque soulève une question fondamentale : comment un accord signé entre le gouvernement et un groupe armé peut-il résister à la reprise des hostilités ? La situation rappelle que la signature d’un document ne suffit pas à garantir la paix lorsque les mécanismes de confiance, de désarmement et de règlement des différends restent fragiles.

Pour les autorités militaires, cette nouvelle offensive constitue une violation grave des engagements pris. L’armée affirme que le gouvernement respecte et met en œuvre les dispositions de l’accord conclu le 20 avril 2025.

L’accord du 20 avril 2025 : des engagements encore fragiles

Cet accord entre le gouvernement tchadien et le comité d’autodéfense de Miski devait contribuer à apaiser les tensions et à encadrer les relations entre les parties. Il constituait une tentative de sortir d’une confrontation qui complique l’exercice de l’autorité publique dans cette zone aurifère.

Mais la reprise des violences interroge la portée réelle de ces engagements. Le gouvernement estime respecter l’accord, tandis que l’armée dénonce des provocations et des menaces répétées de la part du comité d’autodéfense.

L’EMGA évoque notamment un communiqué hostile publié le 13 octobre 2026 et signé par le président du comité, Alhadj Djimi Chaha. Cet épisode, suivi de l’attaque contre la Brigade minière, témoigne d’une détérioration des relations entre les deux parties.

Une question demeure toutefois essentielle : quels mécanismes de suivi ont été instaurés pour vérifier l’application de l’accord, prévenir les incidents et résoudre les différends avant qu’ils ne dégénèrent en affrontements meurtriers ? Sans réponse crédible à ces interrogations, les engagements de paix risquent de rester lettre morte.

Une autorité contestée dans une zone stratégique

À Miski, l’exploitation de l’or constitue un enjeu économique, sécuritaire et politique. La protection des sites aurifères confronte les autorités à un défi majeur : garantir la sécurité des personnes et des activités minières tout en réaffirmant la souveraineté de l’État.

Lorsqu’un comité d’autodéfense dispose d’une capacité armée et se retrouve impliqué dans des affrontements avec les forces de sécurité, la question du monopole de la violence légitime se pose avec acuité. Un groupe local peut-il durablement négocier avec l’État tout en conservant les moyens de lui opposer une résistance armée ?

L’expression « un État dans l’État » traduit cette inquiétude, mais elle ne saurait, à elle seule, résumer la complexité des rapports entre les communautés locales, les autorités et les intérêts liés à l’or. Pour sortir de l’impasse, il faut comprendre les causes profondes des tensions, clarifier les responsabilités et garantir l’application des engagements pris.

Déposer les armes ou risquer l’escalade

Dans son communiqué, l’État-major condamne fermement l’attaque et exige du comité d’autodéfense qu’il dépose immédiatement les armes. Il prévient que tout refus sera qualifié d’acte de rébellion et engage la responsabilité du comité dans les conséquences de la situation.

Cette fermeté marque un durcissement du discours militaire. Mais l’avertissement soulève aussi un enjeu : comment faire respecter l’autorité publique sans ouvrir la voie à une nouvelle spirale de violences ?

La sécurité des populations doit rester au cœur de toute réponse. Le respect de l’accord du 20 avril 2025, le dialogue entre les parties et l’établissement des responsabilités constituent des leviers essentiels pour éviter que les affrontements ne se multiplient.

Miski se trouve désormais à un tournant. L’accord signé en 2025 peut-il encore servir de base à une désescalade, ou les armes vont-elles prendre le dessus sur les engagements politiques ? La réponse dépendra autant de la capacité de l’État à faire respecter ses décisions que de la volonté des signataires de revenir à leurs obligations.

Car un accord de paix ne vaut que par son application. Et dans le nord du Tchad, la restauration durable de la confiance ne pourra se construire ni sur les menaces seules ni sur des promesses sans mécanismes de contrôle.

Martin HIGDE NDOUBA

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