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Tchad : 18 ans après le 02 février 2008, une cicatrice toujours ouverte

Il y a des dates qu’un pays ne devrait jamais banaliser. Le 02 février 2008 en fait partie. Dix-huit ans ont passé, mais au Tchad, cette journée reste une cicatrice ouverte. Une cicatrice que le temps n’a ni refermée, ni apaisée, faute de vérité pleinement assumée.

Une date gravée dans l’histoire nationale

Ce jour-là, N’Djamena a tremblé sous les tirs et la peur. Une offensive rebelle d’une ampleur inédite a porté la guerre jusqu’au cœur de la capitale. Les combats aux abords du palais présidentiel n’étaient pas seulement une lutte pour le pouvoir ; ils ont plongé toute une population dans l’angoisse et l’incertitude. Des civils pris au piège, des familles cachées, des enfants traumatisés : voilà la réalité vécue, loin des calculs politiques.

Le chiffre de 977 morts avancé par la Commission d’enquête est souvent cité. Mais un nombre ne raconte jamais la douleur. Derrière chaque unité statistique se cache une vie arrachée, une famille brisée, un avenir effacé. Le Tchad n’a pas seulement perdu des citoyens ce jour-là, il a perdu une part de sa confiance en la paix.

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Les disparitions qui hantent encore

Et puis il y a les disparitions. Celle du professeur Ibni Oumar Mahamat Saleh demeure un symbole troublant. Un intellectuel, un opposant respecté, arrêté puis volatilisé dans les brumes du silence officiel. Dix-huit ans plus tard, l’absence de réponses claires interroge autant qu’elle indigne. Une nation peut-elle avancer quand certains de ses enfants disparaissent sans que justice ne soit rendue ?

Se souvenir du 02 février 2008 ne relève pas de la nostalgie du drame, ni d’une volonté de raviver les divisions. C’est un devoir civique. Une exigence morale. Une manière de dire que la vie tchadienne a un prix, et que ce prix ne peut être effacé par le temps ou la raison d’État.

Un pays qui affronte son histoire devient plus fort. Un pays qui l’enterre s’expose à la revivre.

Le 02 février ne devrait pas être seulement une date de recueillement discret. Il devrait être un rappel national que la vérité, la justice et la mémoire sont les piliers d’une réconciliation réelle. Sans cela, les plaies demeurent invisibles, mais profondes.

Et tant que ces plaies existent, l’histoire du Tchad reste inachevée.

Martin HIGDE NDOUBA

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