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Takilal Ndolassem risque-t-il des poursuites judiciaires ?

Au Tchad, la politique est aussi une affaire de mise en scène. Certains gouvernent par les actes, d’autres existent par la parole. Takilal Ndolassem appartient incontestablement à cette seconde catégorie. Ancien chef politico-militaire devenu député, il a fait de la dénonciation publique sa marque de fabrique. Chaque intervention est pensée pour provoquer le débat, secouer les certitudes et occuper l’espace médiatique.

Sa dernière sortie franchit cependant un seuil plus délicat. En affirmant avoir sollicité dix-sept audiences auprès du président de la République et en soutenant qu’une somme de cinq millions de FCFA lui aurait été réclamée pour accéder au chef de l’État, Takilal Ndolassem ne se contente plus de critiquer la gouvernance. Il porte une accusation qui met en cause l’intégrité de collaborateurs de la Présidence.

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La réponse du pouvoir a été rapide et sans ambiguïté. Dans un communiqué officiel, le Cabinet civil dément catégoriquement ces affirmations. Plus encore, il affirme que la demande d’audience de Takilal Ndolassem avait déjà reçu l’approbation du président de la République le 27 juillet 2026, avant même la diffusion de ses accusations. Si cette chronologie est exacte, elle fragilise considérablement le récit du député.

La question n’est donc plus seulement politique. Elle devient juridique.

Dans un État de droit, la liberté d’expression protège la critique, même virulente. Mais cette liberté n’exonère personne de la responsabilité qui accompagne la parole publique. Lorsqu’un élu accuse des personnes identifiables d’avoir sollicité une contrepartie financière, il lui appartient d’être en mesure d’apporter des éléments susceptibles d’étayer ses affirmations. À défaut, il s’expose à une contestation sur le terrain judiciaire si les personnes concernées décident d’agir.

À ce jour, aucune poursuite n’a été annoncée contre Takilal Ndolassem. Mais la possibilité d’une action en justice ne peut être écartée si les autorités ou les personnes mises en cause estiment que leur honneur ou leur réputation ont été atteints. Il appartiendrait alors aux juridictions compétentes d’apprécier les faits, les preuves et les arguments de chaque partie.

Cette affaire révèle aussi une évolution préoccupante de la vie publique tchadienne. Les réseaux sociaux sont devenus le premier tribunal de l’opinion. Une accusation y circule en quelques minutes ; un démenti officiel peine souvent à produire le même impact. Dans cette course permanente à l’attention, le risque est grand de voir l’émotion remplacer les faits et la viralité supplanter la vérité.

Takilal Ndolassem a construit son influence sur son franc-parler. Cette stratégie lui a permis d’occuper une place singulière dans le paysage politique tchadien, entre majorité et opposition. Mais la notoriété ne dispense pas de la rigueur. Plus la parole est publique, plus l’exigence de preuve est élevée.

Une démocratie vivante a besoin de voix critiques. Elle a tout autant besoin d’une culture de la responsabilité. Car lorsque les accusations deviennent des armes politiques, seule la justice peut établir où s’arrête la dénonciation légitime et où commence la mise en cause sans fondement. C’est à cette épreuve que Takilal Ndolassem, comme les institutions qu’il interpelle, est désormais confronté.

Martin HIGDE NDOUBA

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