Sahel face à une vérité dérangeante : le terrorisme interne
Les récentes attaques contre des positions militaires au Mali révèlent une réalité troublante : le terrorisme au Sahel ne se nourrit pas seulement de forces extérieures, mais aussi de complicités internes. Une alerte sérieuse pour les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES).
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Une menace de l’intérieur
Les attaques coordonnées ayant visé Bamako, Kati et même le domicile du ministre de la Défense marquent un tournant inquiétant. Au-delà de leur audace, ces opérations révèlent une faille profonde : des complicités internes. Les premiers éléments de l’enquête évoquent l’implication de militaires radiés ou en voie de l’être, mais aussi de certaines figures politiques. Cette situation met en lumière une réalité souvent évitée : le terrorisme ne vient pas uniquement de l’extérieur, il peut aussi s’enraciner au cœur même des institutions nationales.
Ce constat impose une remise en question. Pendant longtemps, le discours dominant a consisté à présenter le terrorisme comme une menace importée, alimentée par des réseaux étrangers. Or, les faits récents démontrent que ce phénomène s’appuie également sur des relais locaux, fragilisant davantage des États déjà sous pression.
Aujourd’hui, les responsabilités sont aussi internes. Certains acteurs africains, consciemment ou non, participent à entretenir ces dynamiques. Il devient donc essentiel de reconnaître que le combat contre le terrorisme passe aussi par une introspection collective.
L’AES face à un défi stratégique majeur
L’Alliance des États du Sahel (AES), qui ambitionne de bâtir une Afrique plus souveraine, se trouve à un moment charnière. Sa vision d’émancipation vis-à-vis de l’impérialisme ne pourra se concrétiser sans une lutte efficace contre le terrorisme. Or, cette lutte ne peut être uniquement militaire ou dirigée contre un ennemi extérieur.
Le véritable défi est interne : restaurer la confiance dans les institutions, assainir les rangs des forces de défense, et prévenir les infiltrations. Le terrorisme, dans ce contexte, devient autant un problème de sécurité qu’un problème de gouvernance. Ignorer cette dimension reviendrait à combattre une ombre sans jamais atteindre sa source.

Vigilance et responsabilité collective
Ce qui s’est produit au Mali doit servir d’avertissement à l’ensemble des pays du Sahel. La menace est diffuse, complexe, et souvent invisible. Le terrorisme se nourrit des divisions internes et des faiblesses structurelles.
Par ailleurs, il est important de ne pas se laisser distraire par l’amplification médiatique, notamment celle de certains médias occidentaux. Si ces derniers jouent leur rôle d’information, ils peuvent aussi accentuer les perceptions de chaos. Mais au-delà des narratifs, la réalité demeure : le terrorisme doit être combattu avec lucidité.
Martin HIGDE NDOUBA