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N’Djamena : iftar, entre générosité affichée et solidarité sélective

Au coucher du soleil, lorsque l’appel du Maghreb résonne dans les quartiers de N’Djamena, des milliers de fidèles s’apprêtent à rompre leur jeûne. Iftar, moment central du Ramadan, est censé symboliser le partage, la fraternité et la solidarité envers les plus démunis. Dans la tradition islamique, offrir un iftar à un jeûneur est un acte de grande générosité.

Pourtant, dans la capitale tchadienne, ce moment spirituel semble parfois se transformer en vitrine sociale. Chaque soir ou presque, des institutions publiques, des organisations et des associations organisent des cérémonies d’iftar soigneusement préparées. Tables garnies, invités triés, photos bien cadrées : tout est prêt pour immortaliser l’événement.

Mais derrière ces images séduisantes se cache une réalité moins reluisante.

Un partage qui oublie les plus vulnérables

Dans bien des cas, iftar organisé à N’djamena ressemble davantage à une rencontre d’élites qu’à un acte de solidarité. Les invitations circulent dans les mêmes cercles : responsables administratifs, personnalités politiques, partenaires et cadres influents.

Pendant ce temps, dans les quartiers périphériques de la ville, des familles entières cherchent simplement de quoi rompre le jeûne. Pour beaucoup de ménages modestes, iftar se résume parfois à quelques dattes, un peu d’eau ou un repas improvisé.

Ce contraste pose une question essentielle : quel sens donner à un iftar lorsque ceux qui en ont réellement besoin n’y ont pas accès ? À force de transformer ce moment de partage en événement protocolaire, l’esprit même du Ramadan risque d’être vidé de sa substance.

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Revenir au véritable sens du partage

Le Ramadan n’est pas un mois de prestige ni de communication institutionnelle. Il est avant tout un temps de solidarité, de compassion et de justice sociale. L’iftar devrait être une occasion de tendre la main aux plus pauvres, aux orphelins, aux travailleurs précaires et aux familles vulnérables.

À N’Djamena, certaines initiatives citoyennes montrent qu’un autre modèle est possible : distributions de repas dans les mosquées, iftar communautaires dans les quartiers, entraide entre voisins. Ces gestes simples rappellent que le Ramadan n’est pas une affaire d’apparence, mais de cœur.

Car au fond, un iftar n’a de valeur que lorsqu’il rassemble réellement les croyants, sans distinction de statut ni de pouvoir. Autrement, il ne reste qu’un symbole vide, loin de l’esprit du Ramadan.

Martin HIGDE NDOUBA

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