Mali : pari textile pour mettre fin au tout-export du coton
Premier producteur de coton d’Afrique de l’Ouest, Mali exporte encore l’immense majorité de sa production à l’état brut. En créant une Société des Textiles dotée d’une usine de transformation de 40 000 tonnes par an, les autorités veulent enfin rompre avec ce modèle et bâtir une véritable industrie textile nationale. Un pari industriel ambitieux qui devra cette fois convaincre au-delà des annonces.
Mali veut transformer son « or blanc » sur son propre sol
Le Mali tente un nouveau virage dans sa politique industrielle. Réuni le 29 juillet en Conseil des ministres, le gouvernement a adopté les textes portant création de la Société des Textiles du Mali, une entreprise publique destinée à développer une industrie intégrée de transformation du coton. Cette décision traduit la volonté des autorités de réduire la dépendance du pays aux exportations de coton brut, qui représentent encore près de 98 % de la production nationale.
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Avec une récolte estimée à 656 000 tonnes lors de la dernière campagne, le Mali demeure le premier producteur de coton en Afrique de l’Ouest. Pourtant, cette performance agricole génère une valeur ajoutée limitée, la quasi-totalité de la fibre étant exportée sans transformation locale.
Usine de 40 000 tonnes pour créer plus de valeur
Au cœur du projet figure la construction d’une usine capable de transformer 40 000 tonnes de coton par an. La future société ne se limitera pas à la filature. Elle couvrira l’ensemble de la chaîne textile, du tissage au tricotage, en passant par la teinture, l’ennoblissement des tissus, la confection de vêtements, le conditionnement et la commercialisation des produits finis.
Le gouvernement souhaite également intégrer la formation professionnelle, la recherche et l’innovation afin de bâtir une filière textile durable et compétitive. Pour le Mali, l’enjeu dépasse la simple industrialisation : il s’agit de créer des emplois qualifiés, de retenir davantage de richesses sur le territoire et de réduire la vulnérabilité de l’économie face aux fluctuations du marché international du coton.
Cette initiative s’inscrit dans les grandes orientations de la politique industrielle nationale, du référentiel « Mali Kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma » et de la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024-2033.
Ambition ancienne qui attend encore sa concrétisation
Le projet n’est toutefois pas une première. Depuis plusieurs années, le Mali multiplie les initiatives pour développer la transformation locale du coton. En 2022, les autorités maliennes avaient signé un protocole d’accord avec un partenaire chinois pour créer la Société malienne de filature (Somafil), avec deux unités industrielles prévues à Bamako et Koutiala.
Parallèlement, la Compagnie malienne des textiles (Comatex), fleuron historique du secteur fondé en 1968, avait bénéficié d’un plan de relance de plusieurs milliards de francs CFA. Malgré ces efforts, les difficultés financières, la faiblesse des débouchés et la sous-utilisation des capacités de production ont longtemps freiné l’essor d’une véritable industrie textile nationale.
La création de la Société des Textiles du Mali apparaît donc comme une nouvelle tentative de transformer le potentiel agricole du pays en puissance industrielle. Le défi reste désormais de passer des ambitions politiques aux résultats économiques. Car au-delà des annonces, c’est la capacité du Mali à transformer durablement son coton en produits à forte valeur ajoutée qui déterminera le succès de cette stratégie.
Martin HIGDE NDOUBA
