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Industrialisation : la clé d’une véritable indépendance africaine

Plus de six décennies après les vagues d’indépendance qui ont libéré les États africains de la tutelle coloniale, une autre bataille se joue : celle de la souveraineté économique. Malgré ses immenses ressources naturelles, l’Afrique continue d’exporter une grande partie de ses matières premières et d’importer des produits transformés. L’industrialisation apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers d’une indépendance véritable.

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Paradoxe économique persistant

L’Afrique dispose de ressources considérables : pétrole, gaz, cuivre, cobalt, lithium, uranium, cacao, coton et terres agricoles. Pourtant, elle capte encore une faible part de la valeur créée à partir de ces richesses.

Le continent représente environ 18 % de la population mondiale , mais seulement près de 3 % du commerce mondial. Sa contribution à la production manufacturière mondiale reste inférieure à 2 %. Autrement dit, l’Afrique produit beaucoup de matières premières, mais transforme encore trop peu.

Cette situation limite la création d’emplois et maintient plusieurs économies dans une dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs. L’indépendance politique obtenue au XXᵉ siècle ne s’est donc pas partout accompagnée d’une autonomie économique.

Transformer plutôt qu’exporter

Le véritable défi consiste désormais à transformer localement les ressources. Un pays qui exporte du cacao brut et importe du chocolat abandonne une grande partie de la valeur ajoutée à l’extérieur. Même logique pour le coton, le lithium, le cuivre ou le pétrole.

Selon la Banque mondiale, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui réunit 54 pays, pourrait accroître les revenus africains de 450 milliards de dollars d’ici 2035, à condition notamment de stimuler le commerce et la production régionale.

L’industrialisation pourrait également absorber une partie des 10 à 12 millions de jeunes qui arrivent chaque année sur le marché du travail africain, alors que le continent ne crée qu’une fraction de ces emplois dans le secteur formel.

Énergie, condition de la transformation

Pas d’industrie sans énergie fiable. Or près de 600 millions d’Africains vivent encore sans accès à l’électricité. Cette faiblesse constitue un frein majeur à la compétitivité des entreprises.

L’Afrique possède pourtant un potentiel énergétique considérable, notamment solaire, hydraulique et éolien. Investir dans la production et les réseaux électriques permettrait simultanément de soutenir l’industrie, de réduire les coûts de production et de développer les PME.

L’indépendance énergétique doit ainsi accompagner l’industrialisation.

La réussite industrielle ne pourra pas reposer uniquement sur quelques grandes entreprises étrangères. Elle doit favoriser l’émergence d’entreprises africaines capables de produire, d’innover et d’exporter.

Cela suppose des investissements dans les infrastructures, la formation professionnelle, la recherche, le financement des PME et la simplification administrative. Les États doivent également utiliser leurs marchés publics pour favoriser les producteurs locaux.

L’objectif n’est pas de fermer l’Afrique au monde, mais de négocier avec lui à partir d’une position plus équilibrée. Une économie capable de transformer ses ressources dispose d’un pouvoir de négociation supérieur.

Indépendance de demain

L’indépendance du XXIᵉ si PM mècle ne se mesurera donc plus seulement à la souveraineté politique. Elle se mesurera à la capacité d’un pays à produire son énergie, nourrir sa population, transformer ses matières premières, créer des emplois et développer ses propres technologies.

L’Afrique possède les ressources, le marché et la jeunesse nécessaires pour réussir cette transformation. Ce qui lui manque encore, dans plusieurs pays, c’est une stratégie industrielle durable et des investissements à la hauteur de ses ambitions.

Martin HIGDE NDOUBA

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