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Indépendance : quel bilan après Ngarta Tombalbaye ?

Soixante-six ans après l’indépendance du Tchad, le pays reste marqué par les choix et les fractures de ses premières années de souveraineté. De 1960 à 1975, Ngarta Tombalbaye a dirigé le jeune État dans un contexte de faibles infrastructures, de tensions régionales et de construction nationale. Mais son règne s’est achevé dans le sang, avec le coup d’État du 13 avril 1975. Depuis, coups d’État, guerres civiles, changements de régime et fragilité industrielle ont profondément marqué l’histoire du pays.

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Indépendance rapidement rattrapée par les divisions

À son accession au pouvoir en 1960, Ngarta Tombalbaye hérite d’un pays parmi les plus pauvres et les moins industrialisés du continent. Les premières années de l’indépendance sont consacrées à la construction de l’État, mais les tensions entre le pouvoir central et plusieurs régions s’aggravent.

En 1966, la création du Frolinat ouvre une longue période de rébellion. Le conflit, nourri par des fractures politiques, régionales et religieuses, s’étend progressivement. Une étude du Département de la Défense américain situe la première phase de la guerre civile tchadienne entre 1965 et 1979.

La difficulté à construire un véritable sentiment d’appartenance nationale devient alors l’un des grands échecs de cette première période. Le clivage entre le Nord et le Sud, auquel s’ajoutent les rivalités politiques et communautaires, fragilise durablement l’État.

Le 13 avril 1975, Ngarta Tombalbaye est renversé et tué lors d’un coup d’État militaire. Il a dirigé le Tchad depuis l’indépendance, soit près de 15 ans.

Ce renversement ne met pourtant pas fin aux crises. Il ouvre au contraire une succession de régimes militaires et de conflits qui vont empêcher le pays de consolider durablement ses institutions.

La guerre provoque également un désastre économique. Selon les archives de la Banque mondiale, l’économie tchadienne atteint un sommet en 1977, avec un PIB de 162 milliards de francs CFA, avant que la guerre civile ne provoque une baisse d’au moins 30 % de la production globale. Les banques ferment, tandis que la plupart des industries réduisent fortement ou suspendent leurs activités.

Des industries qui ne survivent pas aux guerres

Pourtant, avant l’effondrement des années 1970, une embryonnaire industrie tchadienne commençait à se développer.

La Société tchadienne des textiles (STT) avait été créée en 1965 pour transformer localement le coton. Le pays disposait également d’activités liées au sucre, aux cigarettes, à la bière et aux boissons, notamment à Sarh, Moundou et N’Djamena. Une étude historique recense notamment la STT, CotonTchad, la Compagnie sucrière du Tchad et la Manufacture des cigarettes du Tchad parmi les piliers industriels de cette époque.

La guerre détruit une partie de cet appareil productif. Le secteur industriel, déjà fragile, ne parvient pas à devenir le moteur d’une véritable transformation économique.

Pétrole, une richesse arrivée tardivement

Ironie de l’histoire, les premières recherches pétrolières commencent dans les années 1960 et la présence de pétrole en quantités commerciales est confirmée en 1975, l’année même de la chute de Ngarta Tombalbaye. Mais les conflits interrompent l’exploration, qui ne reprend véritablement qu’au début des années 1980.

Il faudra attendre juillet 2003 pour voir démarrer la production pétrolière du bassin de Doba. En 2004, première année complète de production, le pétrole représentait déjà environ 30 % du PIB tchadien.

Cette manne transforme profondément les finances publiques, mais ne règle pas la question de la diversification. Aujourd’hui encore, le pétrole représente environ 15 % du PIB, 41 % des recettes publiques et 76 % des exportations, selon la Banque mondiale.

Quel héritage ?

Le bilan de Ngarta Tombalbaye ne peut donc être réduit à la seule responsabilité d’un homme. Il doit être replacé dans le contexte d’un État nouvellement indépendant, confronté à d’immenses difficultés économiques et à des fractures anciennes.

Mais son époque pose une question toujours actuelle : comment construire un État tchadien dans lequel les différentes composantes du pays se reconnaissent ?

Après Ngarta Tombalbaye, le Tchad a connu des changements de régime, des guerres et des périodes de relative stabilité, sans parvenir à rompre complètement avec la fragilité institutionnelle et la dépendance aux matières premières.

Le véritable bilan de l’indépendance tchadienne reste donc à écrire : transformer la richesse pétrolière en développement, reconstruire une industrie nationale et surtout faire du vivre-ensemble non plus un slogan politique, mais le socle durable de la République.

Martin HIGDE NDOUBA

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