Crise de liquidités : l’autre virus qui touche l’économie guinéenne
Depuis plusieurs mois, la Guinée traverse une crise de liquidités qui ne cesse de s’aggraver. Les banques primaires, confrontées à une baisse drastique des dépôts, imposent désormais des plafonds stricts sur les retraits d’argent. Une mesure exceptionnelle qui, loin de calmer la situation, alimente la frustration des clients petits commerçants, salariés, retraités et creuse le fossé entre la population et le système bancaire.
Dans un pays déjà faiblement bancarisé, cette pénurie de liquidités ne constitue pas seulement une contrainte ponctuelle. Elle menace surtout la stabilité de l’économie réelle et révèle des failles profondes dans la gestion monétaire et la communication des institutions financières en Guinée.
Un consommateur pris en étau entre les banques et la Banque centrale
Pour M’Bany Sidibé, président de l’Union pour la défense des consommateurs, cette situation est d’abord une violation flagrante des droits contractuels des clients. Les consommateurs ont signé avec les banques commerciales, non avec la Banque centrale. Or, les restrictions décidées au sommet se traduisent, pour les détenteurs de comptes, par une limitation imposée sur leur propre argent. Ce qui n’est pas sans incidents sur le retrait de liquidités.
Le sentiment d’injustice est d’autant plus vif que les besoins quotidiens approvisionnement des commerces, paiements de frais médicaux ou scolaires ne se plient pas aux plafonds arbitraires. En contrôlant la quantité d’argent que chacun peut retirer, le système bancaire altère sa fonction première, celle de fournir un accès sûr et libre aux fonds déposés.
Le manque de transparence aggrave la crise de confiance. « Les banques n’arrivent pas à être franches avec le consommateur », regrette M’Bany Sidibé. En l’absence d’explications claires et d’un calendrier de sortie de crise, l’opinion publique perçoit la restriction sur les liquidités comme une confiscation pure et simple.
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Les risques économiques du manque de liquidités
Dans un pays où le taux de bancarisation reste faible, cette crise des liquidités risque de pousser encore davantage les transactions vers l’informel et le cash non déclaré. Les ménages et entreprises qui craignent de ne pas pouvoir accéder à leurs fonds retirent ce qu’ils peuvent et évitent de redéposer leur argent en banque, alimentant un cercle vicieux.
À terme, l’assèchement des dépôts freine la capacité des banques à octroyer des crédits, étouffant l’investissement et les activités économiques structurées. Cette contraction du crédit se répercute sur la consommation, les chaînes d’approvisionnement et l’emploi. Par ailleurs, la défiance vis-à-vis des banques peut s’étendre au système politique, car la Banque centrale et les autorités de transition sont perçues comme incapables de garantir un droit élémentaire : disposer de ses ressources. La situation pourrait ainsi devenir un enjeu social et politique majeur, nourrissant le mécontentement populaire.
La crise actuelle en Guinée n’est pas seulement monétaire. Elle est avant tout une crise de confiance. En limitant l’accès des citoyens à leurs propres fonds, le système bancaire compromet son rôle de garant de la sécurité financière. Pour éviter une fuite massive vers l’économie informelle et une déstabilisation plus profonde, les autorités doivent rétablir la transparence, clarifier les causes réelles de la pénurie et présenter un plan de sortie crédible. Sans cela, chaque jour de restriction érode un peu plus le lien fragile entre les Guinéens et leurs institutions financières et menace de transformer une crise technique en une crise sociale et politique de grande ampleur.
Sandrine A.