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COP17 : des ministres à la place des experts, pour quels résultats ?

À Oulan-Bator, la COP17 remet au centre des débats la sécheresse, la désertification et la résilience climatique. Mais une question mérite d’être posée : l’Afrique peut-elle réellement défendre des solutions techniques et durables lorsque les experts sont souvent relégués au second plan au profit des responsables politiques ?

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À chaque grand rendez-vous consacré au climat, à l’environnement ou à la désertification, le même scénario semble se répéter. Les ministres africains occupent les tribunes internationales, prononcent des discours et réaffirment les engagements de leurs gouvernements. Pendant ce temps, les experts, chercheurs, ingénieurs et techniciens, ceux qui travaillent quotidiennement sur les réalités du terrain, restent souvent dans l’ombre.

La COP17, organisée à Oulan-Bator, en Mongolie, n’échappe pas à cette logique. Le ministre tchadien de l’Environnement, de la Pêche et du Développement durable, Hassan Bakhit Djamous, avait participé à un panel de haut niveau consacré à la sécheresse hydrique. Il y a réaffirmé l’engagement du Tchad à renforcer la résilience des populations face aux sécheresses et aux changements climatiques.

Le ministre a présenté trois priorités : sécuriser l’eau, restaurer les terres et préserver les moyens d’existence. Cette orientation s’appuie notamment sur le Projet d’Appui à la Sécurité de l’Eau et à la Résilience au Tchad (PASER). Sur le papier, la stratégie paraît cohérente. Mais dans les faits, une question demeure : qui produit les solutions et qui les met réellement en œuvre ?

Des discours politiques, mais quelle expertise ?

À la COP17, Hassan Bakhit Djamous a justement rappelé que « la sécheresse ne doit plus être appréhendée comme une succession de crises », mais comme un défi structurel lié au développement, à la sécurité alimentaire et à la stabilité des territoires.

Le constat est pertinent. La sécheresse n’est plus un phénomène exceptionnel au Sahel. Elle bouleverse l’agriculture, fragilise l’élevage, accentue les déplacements de populations et exerce une pression croissante sur les ressources en eau. Mais une déclaration ministérielle, aussi juste soit-elle, ne suffit pas à transformer durablement cette réalité.

C’est là que la question de la place des experts devient essentielle. Dans une rencontre comme la COP17, le Tchad aurait tout intérêt à mettre davantage en avant ses climatologues, hydrologues, agronomes, spécialistes des sols, ingénieurs de l’eau et chercheurs. Ce sont eux qui disposent des données, des analyses et des solutions techniques nécessaires pour répondre aux défis du terrain.

Le ministre ne peut pas être l’expert de tout

Il ne s’agit évidemment pas de contester la présence des ministres dans les grandes conférences internationales. Leur rôle est indispensable pour porter la position officielle de leur pays, négocier des financements et prendre des engagements au nom de l’État. Mais pourquoi les opposer aux experts ?

La véritable faiblesse serait de faire du ministre le visage, la voix et parfois même le seul interlocuteur de la politique environnementale. Le responsable politique peut annoncer une orientation. L’expert, lui, doit pouvoir expliquer comment la réaliser, avec quelles données, quels moyens et quels résultats mesurables.

À la COP17, l’enjeu ne devrait donc pas être seulement de présenter les engagements du Tchad, mais de démontrer comment ces engagements seront évalués sur le terrain.

Car les populations tchadiennes n’ont pas besoin de nouvelles promesses. Elles ont besoin d’eau, de terres restaurées, de pâturages protégés et de solutions concrètes face à la sécheresse.

L’expertise doit sortir de l’ombre

La COP17 devrait ainsi être considérée comme une occasion de revoir la manière dont les pays africains construisent et défendent leurs politiques climatiques. Les ministres doivent porter la vision politique, mais les experts doivent occuper la place qui leur revient dans la conception des solutions.

L’Afrique ne manque ni de compétences ni de chercheurs. Ce qui lui manque souvent, c’est la capacité à transformer cette expertise en décisions publiques, en projets financés et en résultats vérifiables.

À la COP17, le Tchad a donc l’occasion de montrer autre chose que la succession habituelle de discours officiels. Il peut démontrer que derrière les engagements politiques existent des compétences nationales capables de proposer des réponses adaptées aux réalités tchadiennes.

Le véritable succès d’une conférence internationale ne se mesure finalement pas au nombre de ministres présents, ni à la longueur des discours prononcés. Il se mesure à ce qui change après leur départ. Et si, demain, les experts étaient enfin placés au cœur de la réponse climatique ?

Martin HIGDE NDOUBA

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