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Tchadelec : les flammes d’un système à bout de souffle

L’incendie qui a ravagé, ce 26 juillet 2026, les installations de Tchadelec à Farcha n’est pas seulement un accident industriel. Il met à nu les failles d’un secteur stratégique dont les dysfonctionnements empoisonnent depuis des années le quotidien des Tchadiens. Derrière les flammes, c’est toute la politique énergétique du pays qui est appelée à rendre des comptes.

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Le feu qui ravive un vieux malaise

À peine les premières fumées se sont-elles élevées au-dessus de la centrale de Farcha que les habitants de N’Djamena redoutaient déjà une aggravation des délestages. Pour une population habituée à organiser ses journées au rythme des coupures, l’incendie de Tchadelec ressemble à une double peine. Les commerces voient leurs pertes s’accumuler, les artisans interrompent leur travail, les élèves révisent à la lumière des lampes rechargeables et les familles passent des nuits étouffantes sous une chaleur accablante.

L’événement agit comme un révélateur. Il rappelle qu’au Tchad, l’électricité reste l’un des principaux marqueurs des inégalités. Là où certains quartiers bénéficient d’une alimentation relativement stable, d’autres vivent dans une obscurité devenue presque ordinaire.

La volonté politique ne suffit plus

Le président Mahamat Idriss Déby Itno avait pourtant donné une orientation claire : faire passer l’alimentation des ménages avant celle des institutions, y compris la présidence. Le message était fort. Il traduisait la volonté de replacer le citoyen au centre des priorités nationales.

Mais les réalités techniques rattrapent souvent les ambitions politiques. Les difficultés de Tchadelec ne se limitent pas à la répartition du courant. Elles sont le résultat d’infrastructures vieillissantes, d’un réseau fragilisé, d’investissements longtemps insuffisants et d’une demande qui augmente plus vite que les capacités de production. Les bonnes intentions ne remplacent ni les transformateurs, ni les centrales modernes, ni les kilomètres de lignes à réhabiliter.

Une enquête judiciaire, mais un défi politique

Le procureur de la République près le tribunal de grande instance de N’Djamena, Moussa Abdelkerim, a annoncé l’ouverture d’une enquête afin de déterminer les responsabilités matérielles et pénales liées à l’incendie. Si la justice doit faire toute la lumière sur les causes du sinistre, elle ne répondra qu’à une partie des interrogations.

La véritable question est ailleurs : pourquoi Tchadelec demeure-t-elle aussi vulnérable alors que l’accès à l’électricité conditionne désormais la compétitivité économique, la qualité des services publics et l’attractivité du pays ? Chaque incident majeur révèle les mêmes fragilités, sans que les solutions structurelles semblent suivre le même rythme.

L’électricité, le véritable test de l’action publique

Le développement ne se mesure pas uniquement aux routes inaugurées ou aux bâtiments construits. Il se lit aussi dans la capacité d’un État à garantir un service aussi essentiel que l’électricité. Une capitale plongée dans des coupures répétitives envoie un signal inquiétant aux investisseurs, aux entrepreneurs et aux citoyens.

L’incendie de Tchadelec doit donc être considéré comme un électrochoc politique autant que technique. Car reconstruire les installations sera sans doute plus facile que restaurer la confiance des usagers.

En définitive, le véritable défi dépasse les murs calcinés de Farcha. Tant que Tchadelec restera synonyme d’incertitude pour des millions de Tchadiens, chaque panne rappellera que la souveraineté énergétique ne se proclame pas : elle se construit, investissement après investissement, réforme après réforme. Et c’est à cette lumière que sera désormais jugée l’action publique.

Martin HIGDE NDOUBA

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