29,2 milliards levés : le Trésor tchadien joue à crédit
Entre le 5 et le 19 août 2026, le Trésor tchadien a mobilisé 29,2 milliards de FCFA sur le marché financier régional, soit 83,6 % des 35 milliards recherchés. Une performance qui traduit la capacité de l’État à trouver des financements, mais pose aussi une question de fond : jusqu’où le Trésor pourra-t-il recourir à l’endettement pour financer les besoins publics sans fragiliser les marges de manœuvre budgétaires ?
Levée de fonds qui rassure sans tout régler
Le chiffre est significatif. En moins de deux semaines, le Trésor tchadien a réussi à mobiliser 29,2 milliards de FCFA à travers trois émissions d’Obligations du Trésor Assimilables (OTA). Sur les 35 milliards de FCFA initialement recherchés, le taux de couverture atteint 83,6 %.
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Pour les autorités, cette opération constitue une source de financement supplémentaire permettant de répondre aux besoins de l’État. Elle confirme également que le marché régional demeure un instrument important pour le financement des politiques publiques.
Mais derrière ces milliards levés se cache une réalité moins confortable. Emprunter aujourd’hui signifie rembourser demain. Chaque émission obligataire ajoute ainsi une nouvelle obligation financière aux engagements futurs de l’État.
Le Trésor ne peut donc pas seulement être jugé sur sa capacité à mobiliser des ressources. Il doit aussi être évalué sur l’utilisation qui en est faite.
La dette, un outil et non une solution permanente
Le recours au marché régional n’est pas, en soi, une mauvaise nouvelle. Pour un État, l’endettement peut permettre de financer des infrastructures, soutenir l’investissement public ou répondre à des besoins exceptionnels.
Le problème commence lorsque la dette sert essentiellement à combler des déficits récurrents, à financer le fonctionnement courant ou à repousser les difficultés budgétaires.
Dans ce contexte, le Trésor doit s’inscrire dans une véritable stratégie de soutenabilité de la dette. Les ressources mobilisées devraient prioritairement contribuer à créer de la valeur, à renforcer les capacités productives et à améliorer les recettes futures de l’État. Autrement dit, il ne suffit pas de savoir emprunter. Encore faut-il savoir pourquoi, comment et pour quels résultats.
L’enjeu : transformer la dette en investissement
Pour le Trésor, le véritable défi commence après la levée des fonds. Les 29,2 milliards de FCFA mobilisés devront produire des effets visibles sur l’économie et sur les conditions de vie des citoyens.
Le pays a besoin d’infrastructures, d’électricité, d’eau, d’emplois, d’industries et de services publics performants. Si l’emprunt permet d’accélérer ces transformations, il peut devenir un levier de développement.
À l’inverse, si les milliards disparaissent dans les dépenses improductives, la facture reviendra tôt ou tard aux contribuables.
Le Trésor tchadien dispose donc d’un outil puissant, mais exigeant. La confiance des marchés ne doit pas devenir un prétexte à l’endettement facile. Elle doit plutôt pousser l’État à renforcer la discipline budgétaire, la transparence et l’efficacité de la dépense publique.
La question n’est finalement pas de savoir si le Tchad doit emprunter. Elle est de savoir si chaque franc emprunté permettra demain au pays de gagner davantage qu’il ne devra rembourser. C’est à cette condition que le Trésor pourra transformer la dette en véritable instrument de développement plutôt qu’en simple respiration budgétaire.
Martin HIGDE NDOUBA
