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Tourisme : pourquoi le Tchad n’exploite-t-il pas encore son plus grand trésor ?

Déserts spectaculaires, massifs montagneux, lacs, réserves naturelles, cultures millénaires et sites inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO : le tourisme tchadien possède tous les ingrédients d’une destination d’exception. Pourtant, le pays reste largement absent des grands circuits internationaux. Entre défis sécuritaires, déficit d’infrastructures et faible promotion, le tourisme demeure un secteur au potentiel immense mais encore insuffisamment exploité.

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Patrimoine naturel exceptionnel

Peu de pays africains offrent une telle diversité de paysages. Du massif de l’Ennedi, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2016, aux dunes du désert du Sahara, en passant par le lac Tchad, les lacs d’Ounianga, le parc national de Zakouma ou les traditions des peuples nomades, le tourisme tchadien dispose d’atouts rares.

Le parc national de Zakouma est aujourd’hui considéré comme l’une des plus belles réussites africaines en matière de conservation. Grâce aux efforts de protection, les populations d’éléphants et d’autres espèces emblématiques connaissent une reprise encourageante, attirant progressivement les amateurs de safaris.

Malgré ces richesses, le tourisme contribue encore modestement à l’économie nationale. Selon le Conseil mondial du voyage et du tourisme (WTTC), le secteur représentait avant la pandémie environ 3 à 4 % du produit intérieur brut (PIB) du Tchad, un niveau largement inférieur à celui de plusieurs destinations africaines comme le Maroc, le Kenya ou la Tanzanie, où le tourisme constitue un pilier de la croissance.

À l’échelle mondiale, le tourisme a généré près de 10 % du PIB mondial et soutenait environ un emploi sur dix avant la crise sanitaire, illustrant son poids dans les économies.

Pourquoi le tourisme peine-t-il à décoller ?

Le premier frein reste l’accessibilité. Les infrastructures hôtelières demeurent limitées en dehors de N’Djamena. Les liaisons aériennes intérieures sont peu développées, tandis que l’état de certaines routes complique l’accès aux principaux sites touristiques.

À cela s’ajoutent les perceptions liées à l’insécurité dans certaines zones du Sahel. Même lorsque les destinations touristiques sont sûres, l’image du pays souffre souvent d’un déficit de communication à l’international.

Enfin, la promotion du tourisme tchadien reste insuffisante sur les plateformes numériques et dans les grands salons internationaux.

Pourtant, investir dans le tourisme ne consiste pas seulement à accueillir des visiteurs.

Chaque touriste génère des revenus pour les hôtels, les restaurants, les guides, les artisans, les transporteurs et les producteurs locaux. Le secteur favorise également la création d’emplois pour les jeunes et les femmes.

Selon l’Organisation mondiale du tourisme, chaque emploi direct dans le tourisme entraîne plusieurs emplois indirects dans les services, l’agriculture, le commerce ou la culture.

Le développement de l’écotourisme pourrait également renforcer la protection de la biodiversité tout en apportant des revenus aux communautés locales.

Le tourisme tchadien ne manque ni de paysages, ni d’histoire, ni d’authenticité. Ce qui lui fait encore défaut, c’est une stratégie ambitieuse combinant infrastructures, sécurité, promotion internationale et implication des communautés.

À l’heure où de nombreux voyageurs recherchent des destinations préservées et des expériences authentiques, le Tchad dispose d’une carte à jouer.

Le potentiel existe. Il reste désormais à transformer cette richesse naturelle et culturelle en moteur de croissance. Car le véritable trésor du tourisme tchadien n’est pas seulement dans ses paysages : il réside dans sa capacité à créer des emplois, attirer des investissements et faire rayonner le pays bien au-delà de ses frontières.

Martin HIGDE NDOUBA

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