Tibesti : la Médiature se réveille après les obsèques
Après les affrontements meurtriers de Miski, qui ont coûté la vie à deux officiers et fait neuf blessés selon l’armée tchadienne, la Médiature de la République appelle au dialogue et à la retenue. Mais comment comprendre cette réaction alors que l’institution était au cœur de l’accord de paix signé le 20 avril 2025 entre le gouvernement et le comité d’autodéfense de Miski ? Au Tibesti, la paix ne peut se limiter à des communiqués publiés après les drames.
Des morts avant les appels au dialogue
Il aura fallu de nouveaux affrontements et des pertes en vies humaines pour remettre le processus de paix au centre du débat. Dans son communiqué du 19 octobre 2026, la Médiature de la République dit suivre avec préoccupation la situation à Miski. Elle déplore les pertes humaines, présente ses condoléances aux familles endeuillées et exhorte les protagonistes à privilégier le dialogue.
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Le message est nécessaire. Mais il soulève une question fondamentale : fallait-il attendre que les armes parlent pour rappeler aux parties leurs engagements ?
Le 14 octobre, des affrontements ont opposé des éléments de la Brigade minière à des membres du comité d’autodéfense de Miski. L’état-major général des armées a annoncé la mort de deux officiers et neuf blessés dans ses rangs. Les circonstances exactes du déclenchement des violences et les responsabilités respectives restent contestées.
Un accord signé, des engagements à concrétiser
Le 20 avril 2025, à Bardaï, le gouvernement tchadien et le comité d’autodéfense de Miski ont signé un accord de paix sous l’égide du Médiateur de la République, Saleh Kebzabo. Ce texte de quatorze articles devait tourner la page de plusieurs années de tensions, notamment autour de l’exploitation des ressources aurifères.
Les engagements étaient pourtant précis : cessation des violences, amnistie concernant les événements de 2019-2020, réhabilitation de militaires et de fonctionnaires radiés, intégration des combattants dans les forces de défense et de sécurité après formation, et dédommagement des populations affectées.
L’accord prévoyait également la suspension des activités minières à Miski et dans ses environs, dans l’attente d’études environnementales, cartographiques et sociales. Une commission de suivi placée sous l’autorité de la Médiature devait veiller à son application. Une commission mixte devait aussi accompagner le processus pendant six mois.
Or, selon une enquête publiée par Tchadinfos le 17 octobre 2026, la commission de suivi n’avait jamais été formellement installée. Comment consolider la paix lorsque les mécanismes censés garantir l’exécution des engagements restent inopérants ?
La médiation ne doit pas être une réaction tardive
Le 3 octobre 2026, une délégation gouvernementale conduite par le vice-Premier ministre Limane Mahamat s’est rendue dans la zone pour évaluer l’application des accords. Des représentants de la Médiature participaient à cette mission. Les parties avaient alors réaffirmé leur volonté de poursuivre le processus de paix. Quelques jours plus tard, les armes reprenaient la parole.
Cette succession d’événements interroge l’efficacité du suivi, l’anticipation des tensions et la capacité des institutions à prévenir l’escalade. La Médiature ne peut certes pas, à elle seule, garantir la paix. Mais son rôle de facilitateur lui impose de contribuer activement à la mise en œuvre des engagements, d’alerter sur les blocages et de maintenir un dialogue permanent entre les parties.
Au Tibesti, la paix attend des actes
Les ressources aurifères du Tibesti ne doivent pas devenir une source permanente de conflits. La restauration de l’autorité de l’État, indispensable, doit aller de pair avec le respect des engagements, la protection des populations et une gestion transparente des ressources naturelles.
La Médiature doit désormais contribuer à transformer les appels au calme en mesures vérifiables : installation effective des commissions prévues, évaluation publique des engagements exécutés et relance d’un dialogue crédible.
Car la paix ne se mesure pas au nombre de communiqués publiés après les obsèques, mais à la capacité d’empêcher que d’autres familles aient à enterrer leurs proches. Au Tibesti, le temps des déclarations doit céder la place à celui des actes.
Martin HIGDE NDOUBA

