Macky Sall renonce à la course au secrétariat général de l’ONU : un retrait révélateur des limites de son ambition internationale
Après plusieurs votes indicatifs défavorables au Conseil de sécurité, l’ancien président sénégalais Macky Sall retire sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies. Au-delà de ce désistement, cet épisode met en lumière les difficultés de son positionnement diplomatique, l’insuffisance de ses soutiens et les enjeux géopolitiques de la succession d’António Guterres.
Le rêve de Macky Sall de prendre les rênes des Nations unies s’achève sur un constat politique difficile, sa candidature n’a pas réussi à convaincre suffisamment de membres du Conseil de sécurité. L’ancien chef de l’État sénégalais a annoncé son retrait, expliquant vouloir contribuer à l’émergence d’une candidature consensuelle au sein de l’instance chargée de recommander le prochain secrétaire général.
Cette décision intervient après une série de votes indicatifs qui ont progressivement révélé l’isolement de sa candidature. Lors du cinquième scrutin, organisé le 7 octobre à New York selon les informations rapportées, Macky Sall n’a obtenu que cinq avis favorables contre dix défavorables. Un résultat qui traduisait une opposition majoritaire parmi les quinze membres du Conseil de sécurité.
Une candidature fragilisée par l’absence de soutiens décisifs
Dans la procédure de désignation du secrétaire général, le soutien du Conseil de sécurité constitue une étape incontournable. Le candidat recommandé doit obtenir au moins neuf voix sur quinze, sans opposition d’un membre permanent disposant du droit de veto.
Avec cinq voix favorables et dix avis défavorables, Macky Sall se trouvait donc dans une position particulièrement inconfortable. Même si les votes indicatifs ne constituent pas, à eux seuls, une décision formelle d’exclusion, ils permettent de mesurer les rapports de force et les chances des candidats.
La progression de Rebeca Grynspan, ancienne responsable de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a également pesé dans l’évolution du processus. La candidate costaricienne s’est imposée comme l’une des prétendantes les mieux placées, bénéficiant d’un soutien plus large que celui accordé à l’ancien président sénégalais.
Macky Sall a lui-même évoqué la possibilité d’une candidature issue de l’Amérique latine et des Caraïbes, éventuellement féminine. Son retrait apparaît ainsi comme une reconnaissance des difficultés à inverser la dynamique en faveur de son projet.
Le déficit de soutien africain, un handicap politique
Au-delà des résultats enregistrés à New York, la candidature de Macky Sall soulève une question essentielle. Pourquoi un ancien président ayant dirigé le Sénégal pendant douze ans et exercé la présidence de l’Union africaine n’a-t-il pas réussi à fédérer un soutien suffisamment solide autour de son ambition ?
Son expérience institutionnelle constituait pourtant un argument de poids. Sa connaissance des mécanismes diplomatiques, son parcours à la tête de l’État sénégalais et son engagement en faveur du multilatéralisme pouvaient nourrir sa crédibilité internationale.
Cependant, l’expérience ne garantit pas l’adhésion diplomatique. L’élection du secrétaire général de l’ONU dépend de négociations entre puissances, d’équilibres régionaux et de compromis politiques. L’absence d’un soutien africain suffisamment visible et coordonné a ainsi pu affaiblir la portée de sa candidature, sans constituer à elle seule une explication définitive de son échec.
Le fait que sa candidature ait été présentée par le Burundi plutôt que par le Sénégal illustre également les particularités de son positionnement politique. Une candidature individuelle peut être portée par un autre État, mais elle doit ensuite convaincre au-delà de son premier soutien.
Les enjeux dépassent le seul cas Macky Sall
Le retrait intervient dans un contexte international marqué par les conflits, les rivalités entre grandes puissances et les difficultés financières des Nations unies. Le prochain secrétaire général devra notamment défendre le multilatéralisme, restaurer la confiance entre les États membres et renforcer la capacité de l’organisation à agir face aux crises internationales.
La compétition ne se limite donc pas aux qualités personnelles des prétendants. Elle reflète aussi les attentes des différentes régions du monde et les rapports de force au sein du Conseil de sécurité. La perspective d’une candidature latino-américaine et caribéenne, éventuellement féminine, ouvre ainsi un nouveau chapitre dans les négociations.
Par ailleurs, les accusations judiciaires évoquées par l’avocat Juan Branco au sujet de la répression des manifestations au Sénégal entre 2021 et 2024 constituent un élément du contexte politique entourant l’ancien président. Il convient toutefois de distinguer les procédures judiciaires, leurs différentes étapes et les décisions effectivement rendues. Ces accusations ne sauraient être présentées comme des faits judiciairement établis en l’absence de décision définitive.
Un retrait qui laisse des questions ouvertes
En se retirant, Macky Sall affirme vouloir faciliter l’émergence d’un consensus. Cette justification diplomatique permet de présenter son désistement comme une contribution au processus plutôt que comme un simple abandon face aux mauvais résultats.
Il reste néanmoins que cette séquence met en évidence les limites de son influence dans une compétition où les soutiens déclarés et les équilibres géopolitiques sont déterminants. Pour le Sénégal comme pour l’Afrique, cet épisode relance le débat sur la capacité du continent à construire des candidatures communes et à peser davantage dans les grandes institutions internationales.
En définitive, le retrait de Macky Sall ne constitue pas seulement l’échec d’une ambition personnelle. Il rappelle que l’accès aux plus hautes fonctions internationales exige davantage qu’un parcours politique prestigieux; il suppose une coalition diplomatique solide, un rapport de force favorable et une capacité à convaincre les puissances qui détiennent la décision finale.