Tchad : l’artiste, orphelin du siècle
Au Tchad, l’artiste demeure un orphelin du siècle. Sans statut clair, ni cadre légal pour exercer, il évolue dans un désert institutionnel où la passion supplée l’absence d’infrastructures. De N’Djamena à Moundou, Doba à Sarh et Mango à Abéché, la scène culturelle peine à respirer, faute d’espaces publics dédiés à la création et à la diffusion.
L’État, par le biais de son ministère de la Culture, semble absent de ce combat. Aucun programme politique cohérent n’a été mis en place pour accompagner l’artiste dans son développement professionnel. Résultat : la plupart d’entre eux se retrouvent livrés à eux-mêmes, improvisant des ateliers dans des maisons privées ou sur les réseaux sociaux.
A lire aussi / Tchad : les députés réclament des passeports diplomatiques pour leurs conjoints
Paradoxalement, les rares projets culturels qui émergent sont souvent financés par l’Institut Français du Tchad. Un soutien salutaire, certes, mais révélateur d’une dépendance inquiétante de l’extérieur. Pendant ce temps, les institutions nationales restent spectatrices d’une scène artistique qui survit grâce à la débrouillardise de ses acteurs.
Autre constat amer : aucun arrondissement de N’Djamena ne dispose d’un espace culturel public. Les artistes se produisent dans des lieux improvisés, les bars dancing et autres. Ces espaces informels, bien que essentiels, ne suffisent pas à nourrir une véritable dynamique culturelle.
Et pourtant, malgré le manque de moyens, l’artiste tchadien ne renonce pas. Il continue de peindre, de chanter, d’écrire et de danser. Il crée, non pas parce qu’il espère une aide, mais parce qu’il refuse de se taire. Son art devient acte de résistance, affirmation d’une identité, et cri d’espoir pour un pays qui peine encore à reconnaître la valeur de sa propre culture.
HIGDE NDOUBA Martin