Tchad-France : au-delà des tables rondes, que peut rapporter Paris ?
Forum d’affaires Tchad-France, organisé ce 25 septembre aux Salons Hoche, ne devrait pas être une rencontre de plus entre officiels, patrons et investisseurs. Pour N’Djamena, l’enjeu est de transformer les discussions de Paris en capitaux, contrats, technologies et emplois. Car le véritable succès ne se mesurera pas au nombre de poignées de main, mais à ce qui sera concrètement ramené au pays.
Paris, vitrine ou véritable levier économique ?
À Paris, le Tchad présente ses ambitions économiques devant les entreprises françaises et les investisseurs. Le gouvernement mise notamment sur « Tchad Connexion 2030 », un plan de 268 projets évalué à 30 milliards de dollars, couvrant notamment l’énergie, les infrastructures, l’agriculture, les mines, l’industrie, l’eau et le numérique.
Mais le défi consiste désormais à dépasser les traditionnelles tables rondes. Un forum économique n’a de valeur que lorsqu’il débouche sur des décisions d’investissement, des contrats, des partenariats industriels ou des financements identifiables.
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Paris peut donc être une porte d’entrée. Encore faut-il que le Tchad sache l’utiliser comme un véritable marché de négociation.
Ramener des investisseurs, pas seulement des promesses
Le premier gain attendu est évidemment financier. Les 268 projets du PND nécessitent des capitaux considérables que l’État tchadien ne peut mobiliser seul.
Mais il serait réducteur de rechercher uniquement des chèques. Le Tchad peut aussi obtenir de l’expertise, des technologies, des équipements et des compétences. Dans l’énergie, par exemple, l’enjeu n’est pas seulement de construire des centrales, mais de développer un système capable d’alimenter durablement les entreprises.
La situation énergétique rappelle l’urgence. Selon la Banque mondiale, seulement 13,4 % de la population tchadienne avait accès à l’électricité en 2024. Pour un pays qui veut industrialiser son économie et attirer des capitaux privés, cette faiblesse constitue un obstacle majeur.
Le forum peut donc servir à négocier des partenariats dans les centrales solaires, les réseaux de distribution, le stockage, l’électrification rurale et les solutions hors réseau.
Transformer les rencontres en chaînes de valeur
L’autre opportunité se trouve dans la transformation locale. Pourquoi continuer à exporter des matières premières lorsque des entreprises étrangères peuvent être associées à leur transformation sur place ?
À Paris, N’Djamena peut chercher des partenaires capables d’installer des unités agro-industrielles, des usines de matériaux de construction, des infrastructures de conservation, des plateformes numériques ou des équipements miniers.
Le bénéfice serait double : attirer des capitaux et créer une activité économique locale. Les entreprises tchadiennes doivent également être intégrées à cette dynamique. Le forum peut permettre de négocier des accords de sous-traitance, de transfert de compétences et de formation professionnelle. L’objectif ne devrait donc pas être seulement d’attirer une multinationale, mais de faire émerger autour d’elle tout un tissu de PME tchadiennes.
Paris doit aussi servir à sécuriser les financements
Le deuxième grand enjeu concerne le financement. Les projets annoncés ne pourront pas tous reposer sur le budget de l’État.
Le rendez-vous peut justement rapprocher les porteurs de projets des banques, fonds d’investissement, assureurs et institutions financières. Le site officiel du programme prévoit d’ailleurs des rencontres B2B et B2G, des sessions de networking et des signatures de protocoles.
Mais un protocole ne suffit pas. Il faudra ensuite connaître le montant réellement mobilisé, le calendrier, le partenaire financier et la date de démarrage du chantier.
C’est là que Paris peut devenir utile : transformer une opportunité présentée dans une salle de conférence en dossier bancaire finançable.
Le vrai retour attendu de Paris
Le Tchad peut également gagner en visibilité. Il peut présenter ses secteurs porteurs, mieux expliquer ses besoins et établir des relations directes avec des groupes qui ne connaissent pas encore suffisamment le marché tchadien.
Mais l’après-forum sera déterminant. Il faudra un mécanisme de suivi des engagements, projet par projet, avec des échéances précises.
Car le véritable bilan de Paris ne sera ni le nombre de participants ni celui des tables rondes. Il se mesurera aux investissements effectivement engagés, aux emplois créés, aux entreprises tchadiennes associées et aux infrastructures livrées. Paris peut ouvrir des portes, le Tchad devra maintenant prouver qu’il sait les franchir.
Martin HIGDE NDOUBA

