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Tchad : chantiers sans fin, l’État face à son propre mensonge

Au Tchad, les plaques de chantier sont devenues des objets de décor. Elles annoncent des délais précis, des durées maîtrisées, des promesses fermes. Mais sur le terrain, ces inscriptions n’ont aucune valeur. Les travaux stagnent, s’interrompent ou disparaissent sans explication. Le délai d’exécution n’est plus un engagement, mais une illusion soigneusement entretenue.

Cette pratique ne choque plus vraiment au Tchad. Le retard est devenu la règle, le respect du calendrier l’exception. Routes ouvertes puis refermées pendant des années, bâtiments publics inachevés, projets sans fin : l’opinion s’y est résignée. Et c’est peut-être là le plus grand danger, car l’anormal est désormais perçu comme normal.

Qui doit rendre des comptes ?

Faut-il pointer du doigt les entreprises, souvent incapables de respecter leurs engagements ? Ou les autorités qui attribuent les marchés sans réel suivi ? Au Tchad, la responsabilité se dilue volontairement. Personne ne sanctionne, personne ne s’explique, personne ne démissionne. Les retards n’ont ni auteurs clairement identifiés, ni conséquences visibles.

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Le non-respect des délais n’est pas qu’un problème administratif. Il affecte directement la vie quotidienne : embouteillages interminables, accès limité aux services publics, infrastructures inutilisables. Chaque chantier prolongé est une punition collective infligée à des citoyens qui n’ont pourtant rien demandé.

L’État face à sa propre crédibilité

Comment parler de développement quand les chantiers n’aboutissent jamais ? Comment réclamer la confiance des partenaires et des citoyens quand l’État lui-même ne respecte pas ses propres engagements ? Au Tchad, les discours officiels sur la modernisation sonnent creux face aux réalités du terrain.

Le Tchad n’a pas besoin de nouveaux projets, mais de projets livrés. Imposer des délais réalistes, contrôler rigoureusement leur exécution et sanctionner les manquements : voilà le véritable chantier. Tant que cette volonté politique fera défaut, les plaques continueront de mentir, et les chantiers de symboliser l’échec d’une gouvernance sans exigence.

Martin HIGDE NDOUBA

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