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Faut-il réécrire l’histoire des indépendances africaines ?

Plus de soixante ans après les premières indépendances, l’Afrique continue de célébrer la fin de la domination coloniale. Pourtant, derrière les cérémonies officielles, une question s’impose : les récits transmis reflètent-ils toute la réalité de cette période ? Mais réécrire l’histoire des indépendances africaines est-il un devoir de vérité ou un risque de division ? Au-delà de la mémoire, le débat renvoie aussi aux progrès économiques réalisés depuis les années 1960 et aux défis qui demeurent.

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Une mémoire à compléter, pas à effacer

Les premiers récits nationaux ont souvent glorifié les grandes figures politiques qui ont conduit les peuples vers l’indépendance. Mais l’histoire ne s’est pas écrite uniquement dans les palais présidentiels ou autour des tables de négociation. Des femmes, des syndicalistes, des étudiants, des chefs traditionnels et des milliers d’anonymes ont également payé le prix de la liberté.

Aujourd’hui, l’ouverture progressive des archives et les travaux des universités africaines permettent d’enrichir cette mémoire. Réécrire l’histoire ne signifie pas réinventer les faits, mais restituer toutes les dimensions d’une époque qui continue de façonner les États africains.

Afrique transformée depuis les années 1960

Lorsque la plupart des pays africains ont accédé à l’indépendance, leurs économies reposent presque exclusivement sur l’exportation de matières premières. Les infrastructures étaient limitées, les universités peu nombreuses et l’industrie embryonnaire.

Le paysage a profondément évolué. Selon la Banque africaine de développement, le PIB du continent dépasse aujourd’hui 3 000 milliards de dollars, contre quelques dizaines de milliards seulement au début des années 1960. En 2025, la croissance économique moyenne de l’Afrique s’est établie autour de 4 %, avec plusieurs pays figurant parmi les économies les plus dynamiques du monde.

La population est passée d’environ 284 millions d’habitants en 1960 à près de 1,5 milliard en 2025. Cette jeunesse constitue un immense potentiel économique, mais aussi un défi majeur en matière d’emploi, de formation et d’urbanisation.

Le continent progresse également dans le numérique. Plus de 570 millions d’Africains utilisent désormais Internet et l’Afrique concentre près de 70 % des comptes de mobile money dans le monde, faisant des paiements numériques un véritable levier d’inclusion financière.

Souveraineté économique encore inachevée

Ces progrès ne doivent cependant pas masquer les fragilités. L’Afrique représente près de 18 % de la population mondiale, mais moins de 3 % du commerce international. Environ 600 millions de personnes vivent encore sans accès à l’électricité, tandis que la transformation locale des ressources naturelles reste insuffisante.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), qui rassemble 54 États, ambitionne de changer cette réalité. Selon la Banque mondiale, elle pourrait accroître les revenus du continent de 450 milliards de dollars d’ici 2035 et sortir près de 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté.

Ces chiffres montrent que l’indépendance politique, si précieuse soit-elle, ne garantit pas automatiquement l’autonomie économique. La véritable souveraineté passe désormais par l’industrialisation, l’innovation, la transformation des matières premières et une meilleure intégration régionale.

Comprendre le passé pour bâtir l’avenir

Le débat sur les indépendances ne doit pas opposer les générations, mais enrichir la compréhension collective. Une histoire plus complète permet de reconnaître les héros oubliés, d’assumer les erreurs du passé et d’inspirer les choix de demain.

Plus de soixante ans après l’indépendance, le véritable enjeu n’est plus seulement de célébrer la liberté politique. Il consiste à construire des États capables de créer des emplois, de transformer leurs richesses, d’investir dans l’éducation et d’offrir à leur jeunesse les moyens d’écrire un nouveau chapitre de l’histoire africaine. Car une nation ne devient pleinement libre que lorsque son développement économique accompagne sa souveraineté politique.

Martin HIGDE NDOUBA

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