Engrais : Tchad pose la première pierre, reste à construire
À Alkoudou, dans la province du Hadjer-Lamis, le Tchad a posé mardi 6 octobre la première pierre d’une future unité de production d’engrais portée par l’entreprise allemande AFCONN. Une initiative stratégique pour réduire la dépendance aux importations et renforcer la souveraineté alimentaire. Mais au Tchad, entre cérémonies de lancement et chantiers réellement achevés, le fossé reste parfois considérable.
Une première pierre, mais pas encore une usine
À une cinquantaine de kilomètres de N’Djaména, le site d’Alkoudou a accueilli une cérémonie présentée comme une nouvelle étape vers l’industrialisation agricole du pays. Le ministre de la Production et de l’Industrialisation agricole, Keda Ballah, a présidé la pose de la première pierre de cette unité de production d’engrais portée par l’entreprise allemande AFCONN.
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La cérémonie a réuni plusieurs membres du gouvernement, des parlementaires, des autorités administratives et traditionnelles ainsi que le président-directeur général d’AFCONN, Sarantis Agiakatsikas.
Sur le papier, l’ambition est difficile à contester. Pour un pays qui cherche à accroître sa production agricole et à réduire sa dépendance extérieure, disposer d’une capacité locale de production d’engrais constitue un enjeu stratégique. Mais une question demeure : quand les agriculteurs tchadiens pourront-ils réellement utiliser cet engrais produit localement ?
De la cérémonie au chantier : le vrai défi
Le Tchad n’est pas étranger aux cérémonies de lancement de projets. Premières pierres, rubans coupés, discours officiels et promesses d’investissements rythment régulièrement l’actualité nationale. Le problème survient souvent après les caméras.
Certains projets prennent du retard, d’autres restent inachevés ou peinent à passer du stade de l’annonce à celui de la production effective. La pose de cette première pierre ne doit donc pas devenir une cérémonie de plus dans un pays où la lenteur d’exécution des infrastructures nourrit régulièrement le scepticisme.
L’enjeu est d’autant plus important que l’agriculture tchadienne reste confrontée à de nombreux obstacles : faibles rendements, accès limité aux intrants, insuffisance des équipements, difficultés d’irrigation et vulnérabilité aux aléas climatiques.
Dans ce contexte, produire localement de l’engrais pourrait permettre de sécuriser une partie de l’approvisionnement des producteurs, à condition que le projet soit effectivement mené à son terme.
La souveraineté alimentaire passe aussi par les usines
La souveraineté alimentaire ne se décrète pas uniquement dans les discours. Elle se construit dans les champs, mais aussi dans les usines, les laboratoires, les centres de recherche et les infrastructures de transformation.
Une production locale d’engrais pourrait ainsi constituer un maillon important de cette stratégie. Elle pourrait contribuer à réduire les coûts liés aux importations et à rendre les intrants plus accessibles aux agriculteurs.
Mais encore faut-il connaître le calendrier de réalisation, le coût réel du projet, sa capacité de production, les sources d’approvisionnement en matières premières et surtout les mécanismes permettant de garantir que les produits bénéficieront effectivement aux producteurs tchadiens.
Le Tchad n’a donc pas seulement besoin de poser des premières pierres. Il doit surtout achever les ouvrages commencés.
À Alkoudou, la première pierre peut être le début d’une véritable transformation agricole. Elle ne doit surtout pas devenir sa conclusion symbolique. Pour un pays à la recherche de sa souveraineté alimentaire, chaque chantier achevé compte davantage qu’une cérémonie réussie.
L’engrais local pourrait être un premier pas. Mais le véritable succès sera le jour où les agriculteurs pourront l’acheter, l’utiliser et constater son impact dans leurs champs.
Martin HIGDE NDOUBA

