Du fair-play au règlement de comptes : la FTFA s’enfonce
Le football tchadien n’en finit plus de régler ses différends sur la place publique. La suspension pour huit ans d’Ibrahim Foullah Wang Laouna, président du club Foullah Edifice et sénateur, par la Fédération tchadienne de football association (FTFA) soulève une question qui dépasse largement le simple cadre disciplinaire : la sanction répond-elle à une exigence d’éthique ou ressemble-t-elle à un règlement de comptes ?
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Quand la parole devient une faute
Tout est parti de l’interpellation du ministre de la Jeunesse et des Sports au Sénat. Prenant la parole dans le cadre de ses fonctions de sénateur, Ibrahim Foullah Wang Laouna, également président du club Foullah Edifice, s’est montré particulièrement critique à l’égard de la FTFA.
Ses propos, jugés désobligeants par les responsables de la Fédération, n’ont manifestement pas été appréciés. La Commission d’éthique et de discipline de la FTFA a alors décidé de frapper fort : huit années de suspension de toute activité sportive. Sanction lourde, spectaculaire et surtout controversée.
Personne ne peut sérieusement défendre les injures, les attaques personnelles ou les propos contraires à l’éthique sportive. Les dirigeants, comme les acteurs du football, ont une responsabilité particulière dans la préservation de l’image de leur discipline. Mais la question demeure : une sanction disciplinaire peut-elle ignorer totalement le contexte dans lequel les propos ont été tenus ?
Ibrahim Foullah Wang Laouna s’exprimait-il comme dirigeant sportif ou comme élu de la République ?
C’est précisément là que le malaise s’installe. En intervenant au Sénat, Ibrahim Foullah Wang Laouna exerçait avant tout son mandat parlementaire. Son rôle consistait à interpeller l’exécutif sur des questions d’intérêt public, y compris celles liées à la gestion du sport national.
La décision de la FTFA apparaît donc, pour certains observateurs, comme disproportionnée. Huit ans de suspension représentent pratiquement une exclusion durable du paysage sportif national. Dès lors, la frontière entre discipline et règlement de comptes devient difficile à distinguer.
Car les critiques formulées contre la gouvernance du football tchadien ne viennent pas uniquement d’Ibrahim Foullah Wang Laouna. Depuis plusieurs mois, plusieurs voix se sont élevées pour dénoncer certaines pratiques et exprimer leur désaccord avec la direction actuelle de la FTFA, dirigée par Tahir Oloy Hassan.
La suspension du président de Foullah Edifice intervient donc dans un climat déjà marqué par la méfiance, les divisions et les rivalités internes.
La FTFA face à son propre défi de crédibilité
Le véritable problème dépasse désormais la personne d’Ibrahim Foullah Wang Laouna. C’est la crédibilité même de la FTFA qui est en jeu.
Une fédération sportive doit être capable de sanctionner les dérives sans donner l’impression de vouloir faire taire ses détracteurs. L’autorité ne se mesure pas uniquement à la sévérité des sanctions, mais aussi à leur impartialité, leur proportionnalité et leur conformité aux règles.
Dans le football, le fair-play ne concerne pas seulement les joueurs sur le terrain. Il doit également inspirer les dirigeants dans les bureaux.
En choisissant la voie d’une suspension de huit ans, la FTFA prend le risque d’alimenter davantage les tensions au lieu de les apaiser. Une institution forte n’est pas celle qui élimine toutes les voix discordantes, mais celle qui sait répondre aux critiques par la transparence, le dialogue et la bonne gouvernance.
Le football tchadien mérite mieux que des guerres de personnes. À force de transformer chaque désaccord en confrontation, les responsables risquent d’oublier l’essentiel : développer le football, moderniser les clubs et redonner confiance aux supporters.
Aujourd’hui, la question n’est donc plus seulement de savoir si Ibrahim Foullah Wang Laouna a dépassé les limites. Elle est aussi de déterminer si la réponse de la FTFA respecte véritablement l’esprit de justice et de fair-play qu’elle est censée défendre.
Martin HIGDE NDOUBA


