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Diplômés sans emploi : naufrage silencieux de l’université tchadienne

Au Tchad, obtenir un diplôme ne garantit plus l’accès à un emploi stable. Alors que les établissements d’enseignement supérieur forment chaque année des milliers de diplômés, les débouchés restent limités dans une économie peu diversifiée. En 2021-2022, les établissements publics ont délivré 7 553 diplômes. Derrière ce chiffre, une question s’impose : l’enseignement supérieur prépare-t-il suffisamment les jeunes aux réalités du marché du travail ?

Des milliers de diplômés, des débouchés insuffisants

Le constat est préoccupant. Selon l’annuaire statistique de l’enseignement supérieur tchadien pour l’année académique 2021-2022, les établissements publics ont formé 7 553 diplômés, dont 2 181 femmes. Ce chiffre ne représente toutefois pas l’ensemble des diplômés du pays, puisque les établissements privés ne sont pas inclus dans ce total.

Chaque année, de nouveaux titulaires de licences, de masters et de diplômes professionnels arrivent ainsi sur un marché du travail qui peine à absorber toute cette main-d’œuvre qualifiée.

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À N’Djaména, nombreux sont les jeunes qui multiplient les candidatures sans obtenir de réponse. Certains acceptent des activités informelles, d’autres se tournent vers de petits commerces ou les cours particuliers pour subvenir à leurs besoins.

Le chômage, une réalité difficile à mesurer

Les statistiques disponibles invitent à la prudence. Selon les données de l’INSEED issues de l’enquête ECOSIT4, le taux de chômage au sens du Bureau international du travail était estimé à 5,7 %, tandis que le taux de chômage au sens large atteignait 17,6 %.

Ces indicateurs ne mesurent pas exactement la même réalité. Le chômage au sens strict concerne les personnes sans emploi qui sont disponibles et recherchent activement un travail. Le chômage élargi prend également en compte certaines personnes découragées par l’absence de perspectives.

Ces chiffres ne permettent donc pas, à eux seuls, de connaître le nombre exact de diplômés sans emploi. L’absence de données nationales récentes et détaillées sur leur insertion professionnelle constitue justement une difficulté majeure pour orienter les politiques publiques.

Formation parfois déconnectée du marché

Le problème ne réside pas uniquement dans le manque d’emplois. Il concerne aussi l’adéquation entre les formations proposées et les compétences recherchées par les employeurs.

Certaines filières produisent des diplômés dans des secteurs où les recrutements restent rares, tandis que des entreprises peinent à trouver des profils possédant une expérience pratique adaptée à leurs besoins.

L’université doit donc renforcer les stages, les partenariats avec les entreprises, l’apprentissage technique et l’accompagnement vers l’entrepreneuriat. Les formations théoriques restent indispensables, mais elles doivent davantage s’articuler avec les réalités professionnelles.

Réformer sans sacrifier le savoir

La réponse ne consiste pas à fermer systématiquement les filières jugées peu rentables. Les sciences humaines, le droit, les lettres et les sciences fondamentales demeurent essentiels au fonctionnement d’une société.

Il faut plutôt mieux anticiper les besoins du pays, développer les secteurs créateurs d’emplois et évaluer régulièrement les parcours d’insertion des diplômés. L’université ne peut, à elle seule, résoudre le chômage si l’économie ne crée pas suffisamment de postes qualifiés.

L’État, les entreprises et les établissements de formation doivent ainsi construire une stratégie commune, fondée sur des données fiables et des objectifs mesurables.

Le diplôme doit-il encore faire rêver ?

Le diplôme conserve sa valeur : il transmet des connaissances, développe l’esprit critique et ouvre des possibilités professionnelles. Mais il ne peut plus être présenté comme une garantie automatique d’embauche.

Pour restaurer la confiance des jeunes, l’université doit mieux préparer à l’emploi, sans renoncer à sa mission de formation intellectuelle. De leur côté, les pouvoirs publics doivent favoriser l’investissement productif, la diversification économique et la transparence des recrutements.

Car le véritable échec n’est pas de former des diplômés, mais de laisser leurs compétences sans débouchés et leurs ambitions sans perspectives.

Martin HIGDE NDOUBA

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