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Quincailleries : les ménages tchadiens floués sur le poids et les dimensions

Sur 11 quincailleries contrôlées par l’Agence tchadienne de normalisation, seules deux présentaient des résultats conformes aux exigences réglementaires et aux caractéristiques annoncées à la vente. Des barres de fer plus fines que prévu et des sacs de ciment dont le poids ne correspond pas toujours à l’étiquette : ces écarts soulèvent une question essentielle. Comment construire durablement au Tchad lorsque les matériaux coûtent cher et que les consommateurs ne sont pas certains d’en avoir pour leur argent ?

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Des quincailleries sous surveillance

Construire une maison au Tchad relève déjà du parcours du combattant pour de nombreux ménages. Entre le prix du ciment, celui du fer, le transport et la main-d’œuvre, chaque dépense compte. Dans ce contexte, les résultats des contrôles menés dans 11 quincailleries par l’Agence tchadienne de normalisation interpellent : seules deux établissements respectaient les exigences réglementaires et les caractéristiques annoncées à la vente.

Les anomalies relevées dans les quincailleries concernent des produits indispensables à la solidité des bâtiments. Certaines barres de fer vendues comme des diamètres de 12 millimètres ne mesuraient que 10 millimètres. Celles annoncées à 10 millimètres présentaient parfois des diamètres de 8, voire 7 millimètres. Quant aux barres censées mesurer 6 millimètres, certaines n’atteignaient que 5, voire 4 millimètres.

Le ciment n’échappe pas aux irrégularités. Plusieurs sacs annoncés à 50 kilogrammes pesaient entre 47 et 48 kilogrammes. D’autres affichaient, à l’inverse, un poids supérieur à celui indiqué. Ces constats ne signifient pas que toutes les quincailleries pratiquent de telles méthodes, mais ils mettent en évidence la nécessité de contrôles rigoureux et réguliers.

Le consommateur paie, parfois, pour une quantité qu’il ne reçoit pas

Pour un ménage qui économise pendant des années afin de construire sa maison, quelques kilogrammes manquants ou des barres de fer sous-dimensionnées représentent un préjudice réel. Un sac annoncé à 50 kg mais pesant 47 à 48 kg présente un déficit de 2 à 3 kg, soit 4 à 6 % de la quantité payée. Sur 100 sacs, cela représente entre 200 et 300 kg de ciment manquants, l’équivalent de quatre à six sacs de 50 kg.

Le problème dépasse la seule quantité. Une barre de fer de 10 mm vendue comme une barre de 12 mm présente, théoriquement, une section d’acier inférieure d’environ 31 %. Pour les diamètres annoncés de 10 mm mais mesurés à 7 mm, la réduction atteint environ 51 %. Ces calculs géométriques ne suffisent pas à établir la résistance réelle d’un produit, mais ils illustrent l’importance de vérifier les dimensions et les caractéristiques techniques.

Les conséquences peuvent être lourdes : dépenses supplémentaires, retards de chantier, réparations imprévues et, lorsque les matériaux ne respectent pas les spécifications du projet, risques pour la sécurité des bâtiments.

Ghana et Kenya, des exemples à suivre

D’autres pays africains montrent que la surveillance des matériaux de construction constitue un enjeu de protection des consommateurs. Au Ghana, Standards Authority effectue des contrôles sur le ciment et peut engager des sanctions contre les opérateurs non conformes, notamment lorsque les sacs ne contiennent pas le poids annoncé.

Au Kenya, une enquête de l’Autorité de la concurrence publiée en 2025 indique que 76,72 % des répondants interrogés déclaraient avoir rencontré des produits de construction contrefaits, notamment du ciment et des produits dérivés. Ce chiffre concerne les personnes interrogées, et non l’ensemble de la population kényane. Il souligne néanmoins l’ampleur du défi.

Ces expériences rappellent qu’un contrôle ponctuel ne suffit pas. Il faut des inspections régulières, des sanctions proportionnées, des laboratoires capables de tester les matériaux et une information accessible aux acheteurs.

Des contrôles à transformer en résultats

Au Tchad, les responsables des établissements concernés ont été convoqués pour s’expliquer après les contrôles, selon les informations publiées sur l’opération des 23 et 24 octobre 2026.

L’enjeu est désormais de donner une suite concrète à ces constats. Les quincailleries doivent respecter les caractéristiques annoncées, les fournisseurs garantir la traçabilité de leurs produits et les autorités rendre publics les résultats des inspections ainsi que les sanctions effectivement appliquées.

Les consommateurs, eux, doivent pouvoir vérifier le poids des sacs et demander les certificats de conformité des barres de fer, particulièrement pour les ouvrages porteurs. Mais la responsabilité ne peut reposer uniquement sur eux : l’État doit garantir un marché fiable.

Car au-delà du commerce, c’est la sécurité des familles et l’épargne de toute une vie qui sont en jeu. Construire une maison coûte déjà suffisamment cher. Les ménages ne devraient pas avoir à payer, en plus, le prix de la non-conformité.

Martin HIGDE NDOUBA

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