Axe Kélo-Pala : Deux discours, un même chantier qui dit vrai ?
Alors que le Premier ministre Allah-Maye Halina avait annoncé le démarrage des travaux de bitumage de l’axe Kélo-Pala en mars et leur achèvement en 2026, le ministre des Infrastructures, Amir Idriss Kourda, a tenu un discours plus prudent devant les sénateurs. En évoquant des discussions avec des partenaires pour financer le prolongement de la route vers Léré et la frontière camerounaise, il soulève une question essentielle : quelle part l’État tchadien entend-il réellement prendre en charge dans le désenclavement du sud du pays ?
Deux discours, un même chantier
Le développement des infrastructures routières reste un enjeu majeur pour le Tchad, pays enclavé dont les échanges commerciaux dépendent largement de la qualité de ses corridors de transport. Dans ce contexte, l’axe Kélo-Pala est attendu par les populations, les commerçants et les transporteurs qui espèrent une amélioration durable de leurs déplacements.
A Lire aussi/Assimi Goïta et le Rwanda : une alliance capable de changer la donne au Sahel ?
Mais entre les annonces politiques et les explications techniques, un décalage semble se dessiner. Le Premier ministre Allah-Maye Halina avait annoncé le démarrage des travaux de bitumage en mars dernier, avec une échéance fixée à 2026. Devant les sénateurs, Amir Idriss Kourda, responsable des Infrastructures, a plutôt insisté sur le temps déjà consacré au projet et sur la nécessité de rechercher des partenaires pour poursuivre le désenclavement routier.
« On a mis beaucoup de temps sur l’axe Kélo-Pala », a-t-il reconnu, avant d’expliquer qu’il ne serait pas pertinent de relancer, sur le seul budget de l’État, le chantier de la route Pala-Léré jusqu’à la frontière camerounaise.
Ces propos ne signifient pas nécessairement que les travaux annoncés sont abandonnés. Ils invitent toutefois à clarifier le calendrier, les financements mobilisés et les engagements effectivement pris.
Cameroun, partenaire ou solution de secours ?
« Nous voudrions travailler avec les partenaires. D’ailleurs, on est en discussion », a déclaré le ministre devant les sénateurs. Cette orientation soulève une interrogation légitime : pourquoi le Tchad devrait-il compter sur des partenaires extérieurs pour financer une route stratégique sur son propre territoire ?
La coopération régionale n’a rien d’anormal. Une infrastructure reliant plusieurs pays peut faciliter les échanges, réduire les coûts de transport et renforcer l’intégration économique. Le Cameroun pourrait donc trouver un intérêt commercial à l’amélioration des liaisons routières avec le Tchad, notamment si elles favorisent la circulation des marchandises et l’accès aux marchés.
Mais cet intérêt potentiel ne garantit ni une contribution financière camerounaise ni un engagement déjà conclu. À ce stade, les discussions évoquées par le ministre ne permettent pas de connaître l’identité des partenaires concernés, les montants envisagés ou les conditions de leur éventuelle participation.
Désenclavement ne peut attendre les promesses
Pour les habitants du Mayo-Kebbi Ouest, la question dépasse les déclarations officielles. Une route praticable facilite l’accès aux services publics, favorise l’écoulement des produits agricoles et réduit les difficultés de déplacement. À l’inverse, les retards prolongés peuvent peser sur les activités économiques et maintenir certaines localités dans l’isolement.
L’axe Kélo-Pala ne devrait donc pas rester prisonnier d’un calendrier annoncé sans explication détaillée sur son exécution. Le gouvernement gagnerait à rendre publics l’état d’avancement des travaux, le financement disponible, les éventuels obstacles techniques et les échéances actualisées.
Des réponses attendues du gouvernement
Le ministre des Infrastructures a le mérite d’avoir évoqué les difficultés rencontrées et la recherche de partenaires. Mais les populations ont besoin de davantage qu’une perspective de négociation : elles attendent des engagements vérifiables.
Le Premier ministre et son ministre doivent-ils présenter des calendriers différents ? Rien ne permet, sur la seule base de ces déclarations, de conclure à une contradiction formelle. Il existe néanmoins un besoin évident de clarification entre l’annonce politique et les conditions réelles de réalisation.
Le désenclavement du Tchad suppose des partenariats, certes, mais aussi une stratégie nationale lisible, des financements identifiés et un suivi transparent des chantiers. La question n’est pas de refuser l’appui du Cameroun ou d’autres partenaires. Elle est de savoir comment l’État entend garantir que ses priorités routières avancent sans dépendre indéfiniment de négociations dont les résultats restent à préciser.
Martin HIGDE NDOUBA

