Une école dans un marché : miroir d’une défaillance collective
La visite du ministre de l’Éducation nationale à l’école de Dembé a révélé une situation aussi choquante qu’inquiétante. Entre commerces, entrepôts et enclos pour animaux, cet établissement scolaire semble avoir perdu sa vocation première. Au-delà de l’indignation, cette réalité pose une question essentielle : comment une école a-t-elle pu être abandonnée à ce point ?
A Lire aussi/Ali Mahaman Lamine Zeine au cœur d’une nouvelle dynamique économique de l’AES
Quand l’espace scolaire perd son identité
L’image est difficile à croire. Pourtant, elle est bien réelle. Au cœur de la capitale tchadienne, une école censée accueillir des élèves est progressivement devenue un espace où cohabitent commerces, restaurants improvisés, magasins de stockage et même animaux domestiques.
La visite effectuée par le ministre d’État, Dr Mahamat-Ahmad Alhabo, a mis en lumière un phénomène qui dépasse largement le simple problème d’occupation illégale. Ce qui choque davantage, c’est la banalisation de cette situation. Pendant des années, des installations privées se sont développées dans l’enceinte de cette école sans qu’une réaction efficace ne permette de préserver l’intégrité du site.
Les salles de classe, qui devraient résonner des voix des enseignants et des élèves, ont été détournées de leur mission éducative. Certaines servent désormais d’entrepôts, d’autres d’abris pour des activités commerciales.
Reflet d’un malaise plus profond
L’affaire de Dembé n’est pas seulement celle d’une école envahie par le marché. Elle révèle les difficultés persistantes liées à la gestion du patrimoine public et à la protection des infrastructures éducatives.
L’environnement scolaire joue un rôle essentiel dans l’apprentissage. Comment espérer offrir un cadre propice aux études lorsque les élèves évoluent dans un espace marqué par l’insalubrité, le bruit et les activités marchandes ? Une école n’est pas un simple ensemble de bâtiments. Elle représente un lieu de transmission du savoir, un espace de construction citoyenne et un symbole de l’avenir.
Lorsque cet espace est dénaturé, c’est toute la communauté qui en subit les conséquences.
Urgence de restaurer l’autorité de l’État
La décision d’accorder un délai de 72 heures aux occupants pour libérer les lieux constitue un premier signal fort. Elle traduit la volonté des autorités de reprendre le contrôle d’une situation devenue inacceptable.
Mais au-delà de cette mesure, la question demeure : comment éviter qu’une telle situation se reproduise ailleurs ? Sauver une école ne consiste pas uniquement à expulser des occupants illégaux. Il faut également mettre en place des mécanismes durables de surveillance, d’entretien et de responsabilisation des acteurs concernés.
L’affaire de Dembé doit servir de leçon. Car lorsqu’une école se transforme en marché, ce n’est pas seulement un espace physique qui est perdu. C’est un symbole de la République qui s’efface peu à peu. Restaurer sa vocation première, c’est redonner à l’éducation la place qu’elle mérite dans la société tchadienne
Martin HIGDE NDOUBA

