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Burkina Faso : Les chenilles, entre menace agricole et opportunité de développement

Le Burkina Faso est confronté à un paradoxe zoologiques : d’un côté, la chenille légionnaire d’automne (Spodoptera frugiperda) dévaste les cultures, et de l’autre, la chenille de karité (Cirina butyrospermi), connue localement sous le nom de « chitoumou », offre une source de subsistance et de revenus. 

Cette double réalité pose des défis majeurs mais ouvre également des perspectives innovantes pour le pays.

La chenille légionnaire : une menace persistante

Depuis 2016, la chenille légionnaire d’automne, une espèce invasive, s’est propagée sur le continent africain, touchant le Burkina Faso dès 2017. La campagne agricole 2017-2018 a vu plus de 58 324 hectares de cultures vivrières – maïs, riz, sorgho et coton – affectés, impactant des milliers de ménages, particulièrement dans les régions des Cascades, du Sud-Ouest et du Centre-Ouest. 

rik.schuiling@tropcrop.nl

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Selon le rapport DIEM-Impact de la FAO de juillet 2023, environ 12 % de la population burkinabè était en situation d’insécurité alimentaire de phase 3+ au second semestre 2022, la plus élevée d’Afrique de l’Ouest, avec l’impact de ces invasions comme facteur aggravant.

Face à cette catastrophe, l’État burkinabè et ses partenaires, dont la Banque africaine de développement et la FAO, ont mobilisé près de 601 millions de F CFA pour des actions de lutte intégrée. 

La chenille de karité : une ressource précieuse

Si la riposte initiale a reposé sur des traitements chimiques massifs – jusqu’à 200 000 litres de pesticides distribués au ministère de l’Agriculture en 2018 – les autorités encouragent désormais des méthodes plus durables. Ces dernières incluent des approches biologiques et agronomiques, la rotation culturale et le diagnostic précoce des parcelles, une transition essentielle pour préserver l’environnement et la santé des populations.

En parallèle de cette lutte, la chenille de karité communément appelée « chitoumou« , représente une ressource locale de grande valeur. Traditionnellement consommée grillée durant la saison des pluies (juillet-septembre), elle est une source alimentaire riche en protéines et nutriments, très prisée dans l’ouest du pays. 

Malgré une raréfaction due à l’évolution climatique, l’érosion des sols et l’usage excessif de pesticides, des initiatives comme FasoPro® s’efforcent de structurer une filière durable. Ce projet, dont les détails sont mis en avant, vise la production, la transformation et la commercialisation des chenilles séchées pour combattre la malnutrition et générer des revenus, en particulier pour les femmes collectrices.

Impacts socio-économiques et perspectives

La filière « chitoumou » offre une diversification des revenus essentielle pour les groupes vulnérables, notamment les femmes rurales, avec un fort potentiel de création d’emplois locaux et de renforcement de la sécurité nutritionnelle. 

rik.schuiling@tropcrop.nl

Des rapports issus de projets comme FasoPro® indiquent des revenus pouvant atteindre 20 000 à 40 000 F CFA par semaine pour les collectrices, et un apport protéique vital pour l’alimentation infantile grâce à une poudre enrichie à base de chenilles. 

La coexistence de ces deux réalités zoologiques au Burkina Faso met en lumière l’importance d’une approche intégrée : lutter contre les espèces nuisibles tout en valorisant le potentiel des ressources locales comestibles pour un développement durable et résilient. 

CAROL SAWADOGO 

 

 

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