Tchad : quand les moyens de l’État changent de destination
Au Tchad, les biens publics sont censés être au service de tous. Pourtant, leur utilisation à des fins personnelles ou politiques continue de susciter des interrogations. Dans un contexte où le pays mise sur les « 12 chantiers et 100 actions » pour accélérer son développement, chaque ressource publique détournée de sa mission première fragilise les efforts collectifs et envoie un signal contradictoire à la population.
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Des pratiques qui interrogent
Les véhicules administratifs, le carburant ou encore certains équipements de l’État sont régulièrement au cœur des débats. Lorsqu’ils sont mobilisés pour des activités relevant davantage de la promotion individuelle que du service public, la frontière entre intérêt général et intérêt particulier devient floue.
Au Tchad, cette situation n’est pas nouvelle. Depuis plusieurs années, des voix s’élèvent pour dénoncer l’usage de moyens publics dans le cadre d’activités politiques ou de communication personnelle. Certes, les responsables publics ont des obligations de représentation. Mais lorsque les ressources de l’État servent principalement à renforcer une image personnelle, la question de la bonne gouvernance se pose avec acuité.
Dans un pays où les besoins restent immenses, chaque dépense publique mérite d’être justifiée. Un véhicule utilisé hors de sa mission, du carburant consommé inutilement ou des ressources affectées à des opérations de visibilité constituent autant de moyens qui auraient pu être consacrés à d’autres priorités.
Exigence de l’exemplarité
Le programme des « 12 chantiers et 100 actions » porte l’ambition de transformer le Tchad à travers des investissements structurants et des réformes destinées à améliorer les conditions de vie des citoyens. Cette vision repose cependant sur un principe fondamental : la gestion rigoureuse des ressources publiques.
L’exemplarité des responsables est donc essentielle. Les citoyens acceptent plus facilement les efforts demandés lorsqu’ils constatent que les dirigeants respectent eux-mêmes les règles qu’ils défendent. À l’inverse, l’utilisation des biens publics à des fins privées nourrit la méfiance et affaiblit la crédibilité des politiques publiques.
Le Tchad ne peut pas prétendre combattre efficacement la pauvreté tout en tolérant des comportements qui réduisent, même modestement, l’efficacité de l’action publique. Chaque litre de carburant, chaque déplacement et chaque dépense financés par les contribuables doivent répondre à une nécessité clairement identifiée.
Préserver l’image du changement
Au-delà de leur coût financier, ces pratiques ont un impact symbolique. Elles donnent l’impression que les sacrifices demandés à la population ne s’appliquent pas à tous de la même manière. Pour le Tchad, qui cherche à renforcer la confiance entre les institutions et les citoyens, cette perception est particulièrement dommageable.
L’ambition des « 12 chantiers et 100 actions » mérite mieux que des polémiques liées à l’utilisation des biens publics. Le Tchad a besoin d’une culture de responsabilité où chaque ressource de l’État est protégée et utilisée exclusivement dans l’intérêt collectif. C’est à ce prix que les promesses de développement pourront se traduire en résultats durables et que l’image du changement gagnera en crédibilité auprès de tous.
Martin HIGDE NDOUBA
