Tchad: Mahamat Idriss Déby Itno parle-t-il à lui-même ?
En déclarant qu’il ne tolérera plus les déviances qui ternissent l’image de la présidence de la République, Mahamat Idriss Déby Itno a prononcé des mots lourds de sens. Favoritisme, clientélisme, lobbying : le diagnostic est sévère. Mais il vise un espace précis, le cœur même du pouvoir, là où les décisions se prennent et où les dérives, si elles existent, ne peuvent être ignorées par celui qui gouverne.
À qui s’adresse réellement le message ?
Lorsque le chef de l’Etat Mahamat Idriss Déby Itno dénonce des déviances au sommet de l’État, une question s’impose : parle-t-il à ses collaborateurs ou à lui-même ? Car ces pratiques ne prospèrent jamais sans protection ni complaisance. En pointant les dérives du système, le président de la République décrit une réalité qu’il est censé corriger depuis son accession au pouvoir.
Un discours présidentiel ne vaut que par les actes qui le suivent. Or, jusqu’ici, les paroles n’ont pas été accompagnées de décisions fortes, ni de sanctions visibles. Tant que les pratiques dénoncées resteront impunies, la parole de Mahamat Idriss Déby Itno risque de perdre de sa crédibilité aux yeux d’une population déjà éprouvée par les promesses non tenues.
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La Refondation mise à l’épreuve
La Refondation du Tchad avait suscité l’espoir d’un nouveau départ, d’une gouvernance débarrassée des réflexes du passé. Or, les Tchadiens peinent à voir cette rupture. Les mêmes méthodes semblent perdurer, les mêmes réseaux prospérer. Dans ce contexte, Mahamat Idriss Déby Itno apparaît moins comme l’architecte d’un nouvel édifice que comme le gestionnaire d’un héritage qu’il peine à transformer.
L’heure n’est plus à l’autocritique verbale, mais à l’action politique. La Refondation ne survivra pas aux mots répétés si elle ne s’incarne pas dans des choix forts. Et c’est précisément là que Mahamat Idriss Déby Itno est attendu : non pas comme un président qui parle à lui-même, mais comme un dirigeant qui agit pour un changement réel.
Martin HIGDE NDOUBA