Tchad : L’UNDR brise une tradition
Au Tchad, le mot alternance est souvent brandi dans les discours mais rarement appliqué dans les faits. Dans la majorité des partis politiques, le pouvoir est confisqué par des dirigeants à vie, jalousement gardé jusqu’à l’épuisement biologique ou transmis comme un héritage familial. Dans cet environnement politique verrouillé, l’UNDR a récemment posé un acte qui mérite à la fois d’être salué et interrogé.
Une alternance sous contrôle
Après plus de trente ans de règne sans partage, Saleh Kebzabo a officiellement cédé la présidence du parti à Célestin Topona, élu secrétaire général pour un mandat de cinq ans. Un événement peu commun dans un pays où le président du parti est souvent indéboulonnable. À ce titre, l’UNDR rompt partiellement avec une tradition politique archaïque qui étouffe toute démocratie interne.
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Mais faut-il parler de véritable alternance ? Pas si vite. Car derrière ce geste présenté comme historique, la réalité est plus nuancée. L’ancien président demeure l’homme fort du parti, tenant toujours les leviers stratégiques et politiques. Cette alternance à moitié ressemble davantage à une mise en scène qu’à une rupture franche. L’UNDR donne l’image du changement sans en assumer pleinement le coût.
UNDR, le courage d’ouvrir la porte sans jamais la franchir
Ce pseudo-renouvellement révèle une peur profonde : celle de lâcher réellement le pouvoir. Comme beaucoup d’autres formations politiques, l’UNDR semble prisonnière de la personnalisation extrême du leadership, où le parti se confond avec un homme, son nom, son parcours et ses calculs. Or, sans autonomie réelle des nouvelles instances, il n’y a ni démocratie interne ni crédibilité politique.
Pourtant, il serait malhonnête de balayer totalement ce pas en avant. Dans un champ politique sclérosé, cette expérience de l’UNDR ouvre un débat longtemps étouffé : celui de la fin des chefs éternels. Même imparfaite, cette transition pose une question fondamentale aux autres partis : pourquoi l’alternance interne reste-t-elle un tabou au Tchad ?
Martin HIGDE NDOUBA