Tchad : l’Internet coûte cher, la fracture numérique prospère
Du 10 au 15 octobre 2026, N’Djaména accueille le Forum régional sur la gouvernance de l’Internet en Afrique centrale. Les responsables politiques y parlent de souveraineté numérique, d’intelligence artificielle et de coopération régionale. Pourtant, au Tchad, une réalité résiste aux discours : se connecter demeure un effort financier pour de nombreux citoyens. Comment bâtir une économie numérique inclusive quand l’accès à son principal outil reste hors de portée d’une partie de la population ?
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Souveraineté numérique commence dans le portefeuille des citoyens
Le 13 octobre, le ministre tchadien des Télécommunications, de l’Économie numérique et de la Digitalisation, Haliki Choua Mahamat, a ouvert les travaux du Forum régional sur la gouvernance de l’Internet en Afrique centrale (FGI-AC). Son ambition est claire : unir les pays de la sous-région autour d’une gouvernance numérique inclusive et souveraine.
Le ministre n’a pas esquivé les difficultés : coût élevé de la connexion, insuffisance des infrastructures, couverture territoriale inégale et cybercriminalité. Ce diagnostic est nécessaire. Mais il appelle une question plus dérangeante : à quoi sert de proclamer une révolution numérique si des étudiants peinent à consulter leurs cours, si des entrepreneurs renoncent à développer leurs activités en ligne et si des habitants des zones rurales restent éloignés des services numériques ?
Au Tchad, l’Internet ne doit plus être considéré comme un luxe réservé à ceux qui peuvent payer. Il est devenu un instrument d’éducation, de travail, d’information et de participation citoyenne. Son accessibilité relève désormais d’un enjeu économique et social majeur.
CEMAC et Sahel : le retard ne se comblera pas par des discours
Le Tchad n’est pas seul face à cette contradiction. Dans la CEMAC, le Cameroun dispose d’un marché numérique plus développé, tandis que le Gabon bénéficie d’infrastructures de connectivité internationale. Mais ces atouts ne garantissent pas automatiquement des tarifs abordables pour toutes les catégories sociales. En République centrafricaine, les difficultés d’accès aux infrastructures et les contraintes sécuritaires compliquent davantage la couverture du territoire.
Au Sahel, le Niger, le Mali et le Burkina Faso affrontent des défis comparables : vastes espaces ruraux, disparités entre villes et campagnes et investissements nécessaires pour étendre les réseaux. Chaque pays possède ses particularités, mais tous partagent une même urgence : transformer la connectivité en service accessible, et non en privilège.
La coopération régionale pourrait contribuer à cette ambition. Le partage des infrastructures, l’interconnexion des réseaux et la coordination des politiques publiques sont des pistes à explorer. Encore faut-il que les gouvernements dépassent les déclarations d’intention et s’accordent sur des objectifs vérifiables.
Cinq priorités, mais quelle volonté politique ?
Haliki Choua Mahamat a défini cinq priorités : la connectivité, la cybersécurité, les données et l’intelligence artificielle, l’inclusion numérique ainsi que la défense de positions communes dans les instances internationales. Il souhaite que le Forum débouche sur une feuille de route régionale à l’horizon 2030.
L’initiative mérite d’être saluée, à condition que cette feuille de route ne devienne pas un document supplémentaire rangé dans les tiroirs administratifs. Elle doit prévoir des objectifs mesurables, des financements identifiés et un mécanisme de suivi transparent. La réduction des coûts, l’amélioration de la couverture et l’accès des populations vulnérables doivent figurer parmi les indicateurs prioritaires.
La cybersécurité et la protection des données sont également essentielles. Mais la souveraineté numérique ne consiste pas seulement à protéger les systèmes ou à maîtriser les technologies. Elle suppose de former les jeunes, de soutenir les compétences locales et de permettre aux entreprises africaines de créer leurs propres solutions.
En 2030, les citoyens jugeront les résultats
Le Tchad peut faire de ce Forum un point de départ. Il doit désormais démontrer que la transformation numérique annoncée au sommet de l’État peut produire des changements tangibles dans la vie quotidienne.
Car le véritable indicateur du progrès ne sera ni le nombre de discours prononcés ni celui des rencontres organisées. Ce sera la possibilité, pour un étudiant de province, une commerçante de quartier ou un jeune entrepreneur, d’accéder aux services numériques sans sacrifier une part disproportionnée de ses revenus.
L’Afrique centrale et le Sahel n’ont pas seulement besoin de technologies. Ils ont besoin de politiques publiques qui mettent les citoyens au cœur de la révolution numérique. À l’horizon 2030, le défi sera simple à formuler, mais difficile à relever : faire de l’Internet un levier de liberté et de développement, plutôt qu’un luxe qui entretient les inégalités.
Martin HIGDE NDOUBA

