Tchad: Kitoko Ngata Ngoulou et la ligne rouge de la justice
La scène est devenue tristement familière : une visite officielle, des mots de compassion, des promesses de suivi. Cette semaine encore, la ministre d’État en charge de la Femme et de la Petite Enfance, Kitoko Ngata Ngoulou, s’est rendue au chevet de victimes d’une brutalité insoutenable. Une fillette de deux ans violée, une femme agressée avec une violence extrême. L’émotion est réelle. Mais elle ne peut plus être la seule réponse publique.
Car derrière chaque déplacement ministériel se cache une question dérangeante : pourquoi ces drames se répètent-ils ?
Une société qui tolère trop
Lorsque KITOKO NGATA NGOULOU déclare que « l’État sera aux côtés des victimes », l’intention est louable. Mais la société tchadienne, elle aussi, doit se regarder en face. Le silence des familles, la peur du déshonneur, les arrangements à l’amiable avec les agresseurs : tout cela forme un terreau où prospèrent les prédateurs.
Les violences faites aux femmes et aux enfants ne sont pas seulement des faits divers. Elles traduisent un déséquilibre profond : inégalités, impunité, banalisation de la domination masculine. Tant que ces racines ne seront pas attaquées, les hôpitaux continueront d’accueillir des corps meurtris.
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La justice comme ligne rouge
La présence de KITOKO NGATA NGOULOU dans les centres de prise en charge envoie un signal politique. Mais le vrai signal se joue ailleurs : dans les commissariats, les tribunaux et les prisons. Un violeur condamné sévèrement parle plus fort que dix discours officiels.
L’enjeu est clair : faire comprendre que toucher à une femme ou à un enfant n’est pas un acte excusable, négociable ou oubliable. C’est un crime qui doit briser la liberté de l’agresseur, pas l’avenir de la victime.

Si KITOKO NGATA NGOULOU veut marquer durablement son passage à la tête de ce département, l’heure est aux réformes visibles : centres d’accueil dans les provinces, numéros d’urgence réellement fonctionnels, protection juridique rapide pour les victimes.
La lutte contre les violences basées sur le genre ne peut rester un slogan. Elle doit devenir une politique mesurable, financée et évaluée.
Le test d’une génération
Au fond, le combat porté aujourd’hui par KITOKO NGATA NGOULOU dépasse un ministère. Il touche à l’image que le Tchad veut donner de lui-même : un pays qui protège les siens ou un pays qui s’habitue à l’inacceptable.

L’histoire jugera moins les larmes officielles que les vies réellement sauvées. Et sur ce terrain, chaque jour perdu coûte une enfance, une dignité, parfois une vie. La tolérance zéro ne doit plus être un slogan mais une réalité.
Martin HIGDE NDOUBA