Tchad : Dr Djaury Dadjia alerte sur les exigences de la prise en charge du diabète infantile
Dr Djaury Dadjia, pédiatre, endocrinologue et diabétologue, alerte sur les manifestations du diabète infantile et les exigences d’une prise en charge rigoureuse au Tchad. Entre traitement à vie, autosurveillance et accès parfois difficile à l’insuline et au matériel médical, cette maladie chronique impose de lourdes contraintes aux enfants et à leurs familles.
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Chez l’enfant, deux principaux types de diabète sont observés. Le diabète de type 1 reste largement majoritaire. Il s’agit d’une maladie auto-immune au cours de laquelle le système immunitaire détruit les cellules du pancréas responsables de la production d’insuline.
Selon le Dr Djaury Dadjia, le diabète de type 1 n’est provoqué ni par l’alimentation ni par une quelconque faute des parents. Il résulte plutôt d’une prédisposition génétique associée à des facteurs environnementaux encore insuffisamment connus.
Le diabète de type 2, moins fréquent chez l’enfant mais en progression, est lié à une résistance à l’insuline. Le surpoids, la sédentarité et les antécédents familiaux peuvent notamment favoriser son apparition.
Quatre signes qui doivent alerter les parents
Pour reconnaître le diabète infantile, les parents doivent être attentifs à plusieurs manifestations. Dr Djaury Dadjia cite quatre signes classiques : des urines fréquentes, y compris durant la nuit, une soif excessive, une perte de poids malgré un appétit conservé ou augmenté et une fatigue inhabituelle.
« Les signes classiques sont les mêmes pour les deux types, mais leur rapidité d’installation diffère », explique le diabétologue.
Dans le cas du diabète de type 1, les symptômes peuvent apparaître en quelques semaines et évoluer rapidement vers une acidocétose diabétique. Les vomissements, les douleurs abdominales, une respiration rapide ou encore des troubles de la conscience doivent alors être considérés comme des signes d’urgence.
Face à ces manifestations, Dr Djaury Dadjia recommande de ne pas attendre avant de consulter. Une simple mesure de la glycémie peut contribuer à orienter rapidement le diagnostic et permettre une prise en charge adaptée.
Insuline, accompagnement familial et lutte contre les préjugés
Le diabète de type 1 ne dispose pas, à ce jour, d’un traitement permettant une guérison définitive. L’enfant doit recevoir de l’insuline tout au long de sa vie. Toutefois, Dr Djaury Dadjia souligne qu’une prise en charge adaptée permet à l’enfant de grandir normalement, de poursuivre sa scolarité, de pratiquer une activité sportive et de mener une vie épanouie.
La gestion quotidienne de la maladie nécessite également une forte implication des parents. Le spécialiste les encourage à accepter la maladie sans chercher de responsable et à maîtriser les gestes essentiels, notamment les injections d’insuline, l’autosurveillance de la glycémie et la reconnaissance des signes d’hypoglycémie.
L’enfant doit progressivement être associé à sa prise en charge, en fonction de son âge et de son niveau d’autonomie, sans toutefois lui transférer trop tôt l’ensemble des responsabilités.
Sur le plan alimentaire, Dr Djaury Dadjia préconise une alimentation familiale normale, équilibrée et organisée autour d’horaires réguliers. « L’enfant diabétique mange comme les autres », rappelle-t-il, tout en insistant sur la nécessité d’un suivi médical adapté.
L’école et l’entourage doivent également être sensibilisés afin de mieux accompagner l’enfant, notamment en cas d’injection d’insuline, d’hypoglycémie ou d’absence liée aux soins. Pour le médecin, cet accompagnement doit se faire sans stigmatisation ni surprotection.
Au Tchad, l’accès aux soins reste cependant un défi majeur. Selon Dr Djaury Dadjia, le coût et la disponibilité de l’insuline, des bandelettes et du matériel d’autosurveillance figurent parmi les principales difficultés auxquelles sont confrontées les familles.
À ces contraintes matérielles s’ajoutent les préjugés. Certains continuent d’associer le diabète à des causes mystiques, à la honte ou à la contagion. De telles croyances peuvent retarder le recours aux soins et compliquer davantage la prise en charge des enfants.
Le service de pédiatrie du CHU de la Mère et de l’Enfant de N’Djaména constitue le centre national de référence pour la prise en charge du diabète infantile. L’Association de lutte contre le diabète et les maladies associées (ALD), présidée par Dr Djaury Dadjia, accompagne également les familles à travers des campagnes de dépistage communautaire et des actions d’éducation sanitaire.
Des programmes internationaux contribuent par ailleurs à faciliter l’accès à l’insuline et au matériel d’autosurveillance pour de nombreux enfants. Malgré ces efforts, la prise en charge publique demeure encore partielle.
Pour Dr Djaury Dadjia, l’insuline pédiatrique et les consommables indispensables au suivi devraient figurer parmi les priorités de la couverture sanitaire. Derrière la maladie, ce sont en effet des familles entières qui doivent quotidiennement faire face aux exigences du traitement et à son coût.
« Aucune famille ne devrait choisir entre nourrir ses enfants et acheter l’insuline », plaide le spécialiste.
Yentemma Alex Lankoandé (Stagiaire)
Source : ATPE