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Tchad : 23 ans de pétrole, une richesse qui peine à changer les vies

Depuis le début de l’exploitation commerciale du pétrole en 2003, le Tchad dispose d’une ressource stratégique censée financer son développement. Routes, écoles, hôpitaux, eau potable et électricité : les attentes étaient immenses. Pourtant, plus de deux décennies après les premiers revenus pétroliers, une question demeure au cœur du débat public : qu’a réellement rapporté l’or noir à la population tchadienne ?

Le pétrole, une promesse de développement encore à mesurer

Le 10 octobre 2023 ne marque pas le début de l’exploitation du pétrole tchadien : celle-ci a commencé en 2003, avec le lancement des exportations par le pipeline reliant les champs pétroliers de Doba au terminal maritime de Kribi, au Cameroun. Cette précision historique n’enlève rien à la question essentielle : après plus de vingt ans, quel bilan peut-on dresser de cette richesse nationale ?

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Le pétrole a profondément transformé les finances publiques du pays. Il a apporté des recettes d’exportation, des impôts et des redevances, tout en renforçant le poids du secteur extractif dans l’économie. Mais cette manne a également exposé le budget national aux fluctuations des cours mondiaux et aux variations de la production.

La véritable mesure du pétrole ne devrait donc pas se limiter aux milliards encaissés. Elle devrait aussi se lire dans les conditions de vie des citoyens : combien d’écoles construites et équipées ? Combien d’hôpitaux fonctionnels ? Combien de kilomètres de routes praticables ? Combien de ménages raccordés à l’électricité et disposant d’eau potable ?

Des milliards de recettes, mais des besoins toujours immenses

L’exploitation pétrolière a placé le Tchad parmi les producteurs d’hydrocarbures d’Afrique centrale. Pourtant, les revenus tirés de cette ressource ne suffisent pas, à eux seuls, à garantir le développement. Leur impact dépend de la transparence des dépenses, de la qualité des investissements et de la capacité des institutions à transformer les recettes en services publics.

La dépendance au pétrole constitue également une vulnérabilité. Lorsque les cours chutent, les recettes publiques peuvent diminuer, compliquant le financement des infrastructures et des politiques sociales. À l’inverse, une hausse des prix ne garantit pas automatiquement une amélioration durable du quotidien si les dépenses sont mal orientées ou insuffisamment contrôlées.

Le débat ne consiste pas à nier les réalisations éventuellement financées grâce aux revenus pétroliers. Il exige plutôt un bilan documenté : recettes cumulées, dépenses d’investissement, contrats, audits, projets achevés et résultats effectivement obtenus. Sans ces indicateurs, les citoyens peinent à distinguer les annonces budgétaires des changements concrets.

Du Nigeria à la Norvège africaine : des leçons à retenir

L’expérience d’autres pays producteurs montre qu’il existe plusieurs façons de gérer une richesse pétrolière. Le Botswana, bien qu’il tire principalement ses revenus miniers du diamant, illustre l’intérêt d’une gestion de long terme des ressources naturelles. Le Nigeria, premier producteur historique de pétrole en Afrique, rappelle au contraire qu’une production importante ne suffit pas à faire disparaître les inégalités et les déficits de services publics.

Le Ghana a, pour sa part, mis en place un cadre légal prévoyant notamment des fonds dédiés à la gestion des revenus pétroliers. Ces mécanismes ne règlent pas tous les problèmes, mais ils soulignent l’importance des règles budgétaires, de la reddition des comptes et du contrôle public.

Pour le Tchad, l’enjeu est de renforcer la publication des recettes, de rendre les contrats accessibles dans le respect du droit, de contrôler les dépenses et de privilégier les investissements capables d’améliorer durablement la vie des populations.

L’or noir doit se traduire en progrès visible

Vingt-trois ans après le démarrage de la production commerciale, le débat sur le pétrole tchadien ne peut plus se réduire aux volumes extraits ou aux montants annoncés. Il doit porter sur les résultats mesurables et leur répartition entre les régions et les générations.

Une ressource épuisable devrait contribuer à bâtir une économie capable de vivre au-delà des hydrocarbures : agriculture productive, formation professionnelle, santé, éducation, énergie et emplois durables.

La question demeure entière : le pétrole a-t-il suffisamment transformé la vie des Tchadiens ? La réponse ne peut venir ni des slogans ni des promesses, mais de chiffres vérifiables, d’audits indépendants et d’un bilan public des réalisations. Car la richesse du sous-sol n’a de sens que si elle devient une richesse pour les citoyens.

Martin HIGDE NDOUBA

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