Sommet Russie-Afrique : Moscou veut consolider son influence, l’Afrique attend des résultats
Des délégations de 48 pays africains, dont 22 représentés par leurs chefs d’État prennent part au troisième sommet Russie-Afrique ouvert ce mercredi 28 octobre 2026 à Moscou. Derrière les annonces de coopération, les deux parties poursuivent des objectifs différents. La Russie cherche à consolider son influence internationale, tandis que les gouvernements africains attendent des débouchés économiques, des investissements et des partenariats répondant à leurs priorités de développement.
Pour l’Afrique, transformer le rapprochement diplomatique en bénéfices économiques
Le nombre de délégations présentes à Moscou témoigne de l’intérêt que suscite le partenariat avec la Russie. Mais la participation au sommet ne signifie pas nécessairement un alignement politique sur le Kremlin. Pour de nombreux pays africains, il s’agit plutôt de diversifier leurs partenaires dans un contexte de concurrence entre puissances et de besoins croissants en financement, en infrastructures et en technologies.
Le premier enjeu concerne les échanges commerciaux. La Russie affirme que son commerce avec l’Afrique a dépassé 27 milliards de dollars en 2025, contre environ 16,8 milliards en 2019. Cette progression reste toutefois à relativiser au regard des échanges du continent avec l’Union européenne ou la Chine. Le défi est donc moins d’annoncer une hausse des échanges que de les rendre plus équilibrés, plus diversifiés et plus favorables à la transformation économique africaine.
Les gouvernements africains peuvent notamment chercher à sécuriser leurs approvisionnements en céréales et en engrais, à développer leurs capacités agricoles et à attirer des capitaux dans les transports, l’industrie et l’énergie. L’accès aux technologies numériques, la formation des jeunes et la coopération scientifique figurent également parmi les domaines susceptibles d’offrir des retombées durables.
L’énergie constitue un autre dossier important. Moscou entend promouvoir son expertise dans le nucléaire civil et la production énergétique. Pour les pays africains confrontés aux déficits d’électricité, ces partenariats peuvent représenter une option supplémentaire. Encore faut-il évaluer leur coût, leur financement, les délais de réalisation et les compétences nécessaires à leur fonctionnement. Un accord annoncé ne garantit pas, à lui seul, la mise en service d’une infrastructure.
Ce que la Russie cherche à obtenir
Pour Vladimir Poutine, le sommet représente d’abord une occasion de consolider la présence russe sur le continent et de contester l’influence des puissances occidentales. Dans le contexte de la guerre en Ukraine et des sanctions qui pèsent sur Moscou, le développement de relations politiques et commerciales avec les pays africains revêt une importance particulière.
La Russie cherche également à élargir ses débouchés pour ses produits agricoles, ses engrais, ses équipements et ses technologies. La coopération dans les secteurs minier, énergétique et militaire participe aussi à cette stratégie. Sur le plan diplomatique, le soutien de partenaires africains, ou leur refus de s’aligner systématiquement sur les positions occidentales, peut renforcer la capacité de Moscou à défendre ses intérêts dans les enceintes internationales.
La sécurité reste un volet sensible de cette relation. Certains gouvernements africains ont renforcé leur coopération militaire avec Moscou, notamment dans le Sahel. Mais les résultats de ces partenariats sont contrastés et les difficultés sécuritaires persistent. La Russie doit donc démontrer que son engagement peut produire des résultats durables, au-delà des accords de défense et des déclarations politiques.
Le test des engagements après le sommet
La rencontre doit déboucher sur une déclaration finale, un plan d’action pour 2027-2029 et une déclaration consacrée aux usages civils de l’intelligence artificielle. Ces textes fixeront des priorités, mais leur portée dépendra de leur mise en œuvre.
Pour les pays africains, l’enjeu sera d’obtenir des projets financés, des transferts de compétences, des emplois et un meilleur accès aux marchés. Ils devront aussi veiller à la transparence des contrats et à la soutenabilité financière des engagements pris.
