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Remplacement à la tête de l’AILC : Mahamat Idriss Déby Itno a-t-il fait le bon choix ?

À peine l’Autorité indépendante de lutte contre la corruption (AILC) avait-elle dénoncé l’interruption musclée d’une mission de contrôle à la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) que son sommet était remanié. Le décret du 14 août, signé par Mahamat Idriss Déby Itno, change les deux principaux responsables de l’institution. Simple réorganisation administrative ou avertissement politique ? Dans un pays où la corruption demeure l’un des maux les plus persistants de l’État, le doute est permis.

Une décision qui fait débat

Le calendrier, en politique, n’est jamais tout à fait anodin. Le 12 août, l’AILC accusait l’Agence nationale de sécurité de l’État (ANSE) d’avoir interrompu sa mission de contrôle à la SHT et d’avoir fait interpeller ses agents. Quarante-huit heures plus tard, le décret N°2154/PR/2026 annonçait le remplacement du contrôleur général, Ousmane Abderaman Djougourou, par Nédéou Teubdoyo Gérard, et celui de la contrôleuse générale adjointe, Fatimé Abdelkerim Soumaïla, par Mahamat Saleh Youssouf Wachoun.

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Officiellement, rien n’indique que ces nominations soient liées à l’affaire de la SHT. Mais en politique, le calendrier compte autant que le communiqué. Et celui-ci est pour le moins troublant.

Mahamat Idriss Déby Itno avait pourtant fait de la bonne gouvernance un thème récurrent de son discours. À la veille de l’indépendance, la lutte contre la corruption figurait encore parmi les priorités affichées. Alors pourquoi donner aujourd’hui le sentiment que l’institution chargée de traquer ce fléau est elle-même fragilisée ?

Anti-corruption, jusqu’où ?

Voilà le véritable sujet. Il ne s’agit pas de défendre personnellement les responsables remplacés, dont le bilan devra être jugé sur leurs actes. Il s’agit de savoir jusqu’où une institution anticorruption peut aller lorsqu’elle enquête sur des secteurs stratégiques et des structures puissantes.

Une AILC qui contrôle les petits fonctionnaires mais hésite devant les grandes administrations ne serait qu’une institution décorative. Or la corruption ne distingue ni les bureaux, ni les grades, ni les uniformes. Elle prospère précisément lorsque certains territoires administratifs deviennent intouchables.

Le pouvoir tchadien peut naturellement nommer et remplacer les responsables des institutions publiques. C’est son droit. Mais Mahamat Idriss Déby Itno a aussi une responsabilité politique : préserver la confiance dans les mécanismes de contrôle qu’il a lui-même contribué à installer.

Le problème, désormais, est celui du soupçon. Et en matière de gouvernance, le soupçon est souvent aussi corrosif que la corruption elle-même.

Si les deux dirigeants de l’AILC ont été remplacés pour des raisons strictement administratives, le pouvoir gagnerait à l’expliquer clairement. Si leur départ répond à une évaluation de leurs performances, il faut en rendre les critères lisibles. Dans le cas contraire, le silence laisse prospérer l’interprétation la plus embarrassante : celle d’une institution rappelée à l’ordre après avoir voulu contrôler là où elle ne devait pas regarder.

Mahamat Idriss Déby Itno ne peut pas demander aux tchadiens de croire à la fermeté de la lutte anticorruption tout en laissant planer le doute sur l’indépendance de ceux qui la conduisent.

La corruption ne doit pas avoir de sanctuaire

Le Tchad n’a pas besoin d’une énième campagne morale. Il a besoin de contrôles effectifs, de sanctions crédibles et d’institutions suffisamment solides pour exercer leurs missions sans intimidation.

Mahamat Idriss Déby Itno est donc placé devant une équation simple : renforcer l’AILC ou laisser s’installer l’idée qu’elle possède des limites invisibles.

Et c’est précisément là que se mesure la portée de sa décision. Mahamat Idriss Déby Itno peut changer des hommes. Il ne peut, en revanche, se permettre de fragiliser la confiance dans l’État. Car si la lutte contre la corruption s’arrête aux portes des institutions les plus puissantes, alors le problème n’est plus seulement la corruption. C’est l’État de droit lui-même qui commence à reculer.

Mahamat Idriss Déby Itno a encore la possibilité de dissiper ce doute. À lui de démontrer que, dans le Tchad qu’il veut construire, personne n’est au-dessus du contrôle et qu’aucune institution n’est au-dessous de sa mission.

Martin HIGDE NDOUBA

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