Actualités

N’Djamena : hygiène dans nos marchés, faillite du laisser-faire

Chaque saison des pluies remet en lumière les mêmes scènes : poissons exposés à même le sol, fruits vendus dans la boue, déchets qui s’accumulent et caniveaux débordants. Malgré les campagnes de sensibilisation menées par les autorités, les marchés de N’Djamena peinent à respecter les règles élémentaires d’hygiène. Au-delà de la responsabilité des commerçants, c’est toute la politique municipale qui interroge.

A Lire aussi/Jean Emmanuel Ouédraogo frappe fort : quatre hôpitaux mobiles pour sauver les combattants sur le terrain

Sensibiliser ne suffit plus

La Police sanitaire municipale a récemment lancé une campagne de sensibilisation auprès des vendeurs de poissons des marchés Taradona et Cinquantenaire. L’objectif est louable : rappeler les dangers liés à l’exposition des denrées alimentaires à même le sol, particulièrement en période d’hivernage où les eaux de ruissellement transportent microbes, déchets et autres agents pathogènes.

Mais cette opération ressemble davantage à un rituel administratif qu’à une véritable stratégie de transformation. Chaque année, les mêmes messages sont diffusés, les mêmes recommandations sont formulées et les mêmes promesses sont faites. Pourtant, les marchés continuent d’offrir un spectacle préoccupant où l’insalubrité semble devenue une norme.

Infrastructures toujours insuffisantes

Il serait injuste de faire porter toute la responsabilité aux commerçants. Beaucoup exercent dans des conditions extrêmement difficiles, sans étals adaptés, sans accès régulier à l’eau potable et sans système efficace de collecte des déchets. Comment respecter des normes sanitaires lorsque les infrastructures de base font défaut ?

Les marchés reflètent avant tout les limites de la gouvernance municipale. L’entretien des espaces publics, l’aménagement des zones de vente et le contrôle permanent devraient accompagner les campagnes de sensibilisation. Sans investissements concrets, les bonnes intentions resteront sans effet durable.

Une question de santé publique

L’hygiène dans les marchés dépasse largement la simple question de la propreté. Elle concerne directement la santé des consommateurs. Les maladies d’origine alimentaire continuent de représenter un risque réel, particulièrement pour les enfants, les personnes âgées et les populations les plus vulnérables.

La municipalité gagnerait à privilégier une approche plus globale : renforcer les contrôles, moderniser les infrastructures, sanctionner les récidives, mais aussi accompagner les vendeurs par des solutions concrètes. La sensibilisation ne peut produire des résultats que si elle s’appuie sur des moyens matériels.

Au fond, l’état actuel des marchés est le miroir d’un défi plus vaste : celui de la gestion urbaine. Une capitale ne se juge pas seulement à ses grands projets ou à ses discours officiels, mais aussi à la qualité de ses espaces de vie quotidiens. Tant que l’hygiène restera un objectif affiché plutôt qu’une réalité visible, les habitants continueront de fréquenter des marchés où la santé publique demeure exposée à des risques évitables.

Martin HIGDE NDOUBA

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Voir Aussi
Fermer
Bouton retour en haut de la page