Mbikou : châteaux d’eau en panne, la débrouille devient la norme
À Mbikou, localité située à une quarantaine de kilomètres de Moundou, l’accès à l’eau potable relève du parcours du combattant. Entre infrastructures défaillantes et absence de maintenance, les habitants s’organisent eux-mêmes pour survivre, révélant une crise plus large dans la gestion de l’eau au Tchad.
Des infrastructures à l’abandon
À Mbikou, les châteaux d’eau censés approvisionner la population ne fonctionnent plus depuis plusieurs mois. Pompes en panne, installations vétustes et manque de suivi technique ont transformé ces équipements en symboles d’un service public défaillant. Dans cette localité rurale, les habitants n’ont d’autre choix que de se tourner vers les forages d’installation privée et les puits traditionnels.
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La situation de Mbikou n’est pas isolée. Elle reflète un problème structurel qui touche plusieurs provinces du pays, où les infrastructures hydrauliques souffrent d’un manque d’entretien chronique. Les investissements réalisés n’ont pas été suivis d’un mécanisme efficace de gestion et de maintenance.
La débrouille comme seule solution
Face à cette crise, Mbikou s’organise. Les familles cotisent pour réparer les pompes ou creuser des puits traditionnels. Une solidarité locale s’est mise en place, mais elle reste insuffisante face à l’ampleur des besoins. Les femmes et les enfants, en première ligne, consacrent une grande partie de leur journée à la recherche de l’eau.
Dans Mbikou, certains habitants dénoncent un abandon pur et simple des autorités. « Nous nous débrouillons seuls, comme si l’eau n’était pas un droit fondamental. Depuis 2018 que le château est tombé en panne », Almbaye Ferdinand un résident. Cette réalité met en lumière les inégalités d’accès aux services de base entre les zones urbaines et rurales.
Une interpellation au sommet de l’État
Cette problématique a récemment été portée devant les députés. Le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Passalé Kanabé Marcelin, a reconnu les difficultés dans la gestion des châteaux d’eau à travers le pays. Répondant aux questions le 29 avril 2026, il a évoqué des contraintes techniques et financières, sans toutefois annoncer de solutions immédiates.
Le député Amollah Toua Golbey Robert a, quant à lui, soulevé une question directe : pourquoi les populations doivent-elles cotiser pour réparer des infrastructures publiques ? Une interrogation qui fait écho à la situation vécue à Mbikou, où l’État semble absent.

Une urgence sociale et sanitaire
À Mbikou, le manque d’eau potable expose les populations à des risques sanitaires majeurs. Les maladies hydriques, telles que la diarrhée ou le choléra, restent une menace constante. L’accès à l’eau ne relève plus seulement du confort, mais d’une question de survie.
La situation de Mbikou interpelle sur la nécessité d’une réforme profonde du secteur de l’eau au Tchad. Sans une politique durable de maintenance et de gestion, les infrastructures continueront de se dégrader, laissant des milliers de citoyens livrés à eux-mêmes.
Martin HIGDE NDOUBA