Mahamat Saleh Daoussa Haggar suspendu : prix de retour du bâton
Pour avoir fait de la discipline son cheval de bataille à l’Université de N’Djaména, le professeur Mahamat Saleh Daoussa Haggar se retrouve à son tour sanctionné pour insubordination. Suspendu par le ministre de l’Enseignement supérieur après une mise en demeure de quinze pages, le président de l’université découvre que l’autorité qu’il entendait rappeler à l’ordre peut aussi lui demander des comptes. Une affaire qui soulève une question essentielle : où s’arrête la fermeté administrative et où commence le bras de fer institutionnel ?
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Une lettre de quinze pages qui fait déborder le vase
Le bras de fer entre le ministre de l’Enseignement supérieur, le Dr Sitack Yombatina, et le président de l’Université de N’Djaména, Mahamat Saleh Daoussa Haggar, a pris une tournure spectaculaire. Par arrêté n° 188/MESRSFP/2026, le ministre a suspendu le professeur titulaire de ses fonctions pour « insubordination notoire et manquements graves à la déontologie administrative ».
À l’origine de cette décision : une correspondance de quinze pages, datée du 12 octobre 2026, adressée par Mahamat Saleh Daoussa Haggar au ministre de tutelle. Dans ce document, le président de l’université met en cause les agissements et les décisions ministérielles concernant l’établissement.
Le ton est particulièrement ferme. « Je vous indique sans ambages que celle-ci vaut une mise en demeure formelle », écrit-il, en réclamant des explications écrites et des mesures de régulation dans des délais déterminés, sous peine de tirer les conséquences juridiques et institutionnelles qui s’imposeraient.
La correspondance est également transmise à plusieurs institutions, notamment la Présidence de la République et la Primature. Pour le ministre, cette démarche dépasse les limites de la contestation administrative et constitue une remise en cause de l’autorité hiérarchique.
La discipline, une règle à géométrie variable ?
L’ironie de cette affaire tient au parcours même de Mahamat Saleh Daoussa Haggar. À la tête de l’Université de N’Djaména, il a fait de la discipline un principe central de sa gouvernance. Sous sa présidence, une vingtaine d’étudiants ont été traduits devant le conseil de discipline, certains étant ensuite renvoyés de l’établissement pour des faits d’indiscipline.
Ces sanctions ont rappelé aux étudiants que l’université n’est pas un espace sans règles. Les exigences de comportement, le respect des institutions et l’observation des procédures constituent des obligations auxquelles nul ne devrait pouvoir se soustraire.
Mais une interrogation s’impose désormais : les principes de discipline et de responsabilité administrative doivent-ils s’appliquer uniquement aux étudiants, ou également aux responsables qui dirigent les institutions universitaires ?
En sanctionnant des étudiants pour leurs manquements, le président de l’université défendait l’autorité de l’institution. Aujourd’hui, c’est sa propre conduite administrative qui est mise en cause. Le contraste nourrit les commentaires et donne à cette affaire des allures d’arroseur arrosé.
Une sanction proportionnée à la faute ?
Reste une question fondamentale : une mise en demeure de quinze pages adressée à un ministre justifie-t-elle automatiquement une suspension ? Le contenu de la lettre, son ton, son fondement juridique et les règles encadrant les rapports entre l’université et sa tutelle doivent être examinés avec rigueur.
Le désaccord avec un supérieur hiérarchique ne saurait, à lui seul, être assimilé systématiquement à une faute. Toutefois, la liberté de contester des décisions administratives ne dispense pas davantage les responsables publics du respect de leurs obligations professionnelles.
La décision du Dr Sitack Yombatina devra donc être appréciée au regard des textes applicables et des circonstances précises de l’affaire. La gravité des accusations ne remplace pas la nécessité d’une procédure régulière, pas plus qu’une longue correspondance ne suffit à établir, à elle seule, une faute disciplinaire.
L’université prise dans un bras de fer institutionnel
Au-delà des deux responsables, c’est l’Université de N’Djaména qui risque de pâtir de cette confrontation. Dans un établissement où les étudiants attendent de meilleures conditions d’apprentissage, où les enseignants ont besoin de stabilité et où l’administration doit fonctionner sans interruption, un conflit au sommet peut fragiliser la gouvernance.
Mahamat Saleh Daoussa Haggar est désormais confronté à une situation qui rappelle une évidence : l’autorité implique des responsabilités, mais aussi des limites. La discipline ne peut être un instrument à sens unique, pas plus que la hiérarchie ne devrait servir à étouffer toute contestation argumentée.
L’arroseur est-il définitivement arrosé ? La réponse dépendra autant de la solidité juridique de la suspension que de la capacité des autorités à sortir de cette crise sans sacrifier les intérêts de l’université. Car, dans cette bataille de pouvoir, la véritable priorité devrait rester l’avenir des étudiants et la crédibilité de l’enseignement supérieur tchadien.
Martin HIGDE NDOUBA


