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Mahamat Idriss Déby Itno champion : médaille face au terrain

Le président de la République, Mahamat Idriss Déby Itno vient d’être couronné « Champion de la vaccination et de la lutte contre la poliomyélite dans le Bassin du Lac-Tchad ». Une belle médaille pour le Tchad. Mais dans les centres de santé, loin des palais et des cérémonies, une question moins flatteuse demeure : à quoi sert de vacciner un enfant si la structure censée le soigner ensuite manque de médicaments, d’équipements et de financement ?

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Trophée et réalité

Les chiffres sont présentables. La couverture vaccinale est passée de 41 % en 2017 à 71 % en 2025. L’objectif est de franchir la barre des 90 % d’ici 2029 et d’interrompre la circulation du poliovirus avant décembre 2027. Sur le papier, le Tchad avance. Mais sur le terrain, le papier ne soigne personne.

Dans certains centres de santé, les agents doivent composer avec des moyens limités. Manque d’équipements, difficultés d’approvisionnement, personnel insuffisant, financements qui ne suivent pas toujours les besoins : la réalité sanitaire est moins brillante que les statistiques.

Le paradoxe tchadien

La communauté internationale sait mobiliser des ressources pour vacciner les enfants. Gavi, l’OMS, l’UNICEF, la Fondation Gates et plusieurs autres partenaires soutiennent cette bataille contre la poliomyélite. Mais pourquoi ne pas pousser la logique jusqu’au bout ?

Un enfant ne vit pas dans une campagne de vaccination. Il vit dans une communauté. Il peut avoir besoin d’un médecin, d’une maternité, d’un laboratoire, d’un médicament ou d’une évacuation sanitaire. La vaccination est une porte d’entrée. Encore faut-il que le système de santé ne soit pas une porte sans maison.

Mahamat Idriss Déby Itno a dédié sa distinction au peuple tchadien et aux acteurs de la santé. Il a également demandé l’organisation à N’Djaména d’un grand forum régional consacré à la poliomyélite et au renforcement de la vaccination dans le Bassin du Lac-Tchad. Mais entre deux discours, il serait peut-être utile de regarder ce qui se passe dans les centres de santé périphériques.

Combien disposent réellement des moyens nécessaires ? Combien peuvent assurer correctement leur mission sans attendre une aide extérieure ? Combien de patients repartent faute de médicaments, d’équipements ou de personnel ? Ce sont ces réponses qui devraient mesurer la solidité du système sanitaire.

Champion, oui. Mais quoi ?

Il ne s’agit évidemment pas de minimiser les progrès de la vaccination. Éradiquer la poliomyélite serait une victoire majeure pour le pays. Mais le véritable exploit serait de transformer cette mobilisation en politique sanitaire durable.

Le président Mahamat Idriss Déby Itno a reçu le titre de champion. À présent, il faut donner aux centres de santé les moyens de jouer le championnat. Car une nation ne se protège pas uniquement avec des vaccins. Elle se protège avec un système de santé qui tient debout.

Martin HIGDE NDOUBA

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