Jeunesse tchadienne : rendez-vous de la vérité
À chaque Journée mondiale de la population, la jeunesse revient au cœur des discours officiels. Au Tchad, où plus d’un habitant sur deux a moins de 15 ans, elle est présentée comme la principale richesse nationale. Mais entre les ambitions affichées et les réalités du quotidien, une question s’impose : le pays donne-t-il réellement à sa jeunesse les moyens de construire son avenir ?
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Plus grand défi du Tchad
Le Tchad est un pays jeune, très jeune même. Cette réalité démographique, souvent présentée comme un futur dividende économique, constitue avant tout un immense défi politique, social et économique. À la veille de la Journée mondiale de la population, le ministre d’État Tahir Hamid Nguilin a rappelé que le gouvernement a placé la jeunesse au centre de la vision « Tchad Connexion 2030 ».
Le message est ambitieux. Investir dans l’éducation, la santé, la formation professionnelle et l’emploi apparaît comme la voie incontournable pour transformer cette forte croissance démographique en levier de développement. Sur le papier, le diagnostic est partagé par tous les partenaires du développement.
Une jeunesse qui attend plus que des discours
Pourtant, la jeunesse tchadienne vit une tout autre réalité. Chaque année, des milliers de diplômés arrivent sur un marché du travail incapable d’absorber cette main-d’œuvre. Beaucoup alternent chômage, petits emplois informels ou projets d’entrepreneuriat freinés par le manque de financement et d’accompagnement.
À cela s’ajoutent les difficultés d’accès à un enseignement de qualité, aux soins, au logement et aux infrastructures de base. Dans ces conditions, les aspirations des jeunes se heurtent souvent à un environnement qui peine à leur offrir des perspectives concrètes.
Le ministre a d’ailleurs reconnu cette réalité en citant les conclusions du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) : les jeunes veulent bâtir leur avenir, mais les conditions pour y parvenir restent insuffisantes. Ce constat mérite d’être entendu au-delà des cérémonies officielles.
Recensement ne suffira pas
Le lancement du troisième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-3) constitue une étape importante. Disposer de données fiables permettra de mieux planifier les politiques publiques et d’anticiper les besoins futurs.
Mais les statistiques, aussi précieuses soient-elles, ne créeront ni emplois ni opportunités. Elles devront être suivies de décisions courageuses, d’investissements ciblés et d’une gouvernance capable de transformer les chiffres en résultats.
Faire de la jeunesse une priorité réelle
Les initiatives annoncées à Bongor, avec le soutien de l’UNFPA, de la Banque mondiale et du projet SWEDD+, en faveur de la santé maternelle et reproductive, vont dans le bon sens. Elles rappellent que le développement humain commence par l’accès aux services essentiels.
Mais la véritable attente de la jeunesse dépasse la seule question démographique. Elle aspire à une école performante, à des formations adaptées aux besoins de l’économie, à un emploi digne, à un accès au numérique, au crédit, à la culture et à une participation plus active aux décisions publiques.
Le Tchad dispose d’un avantage que beaucoup de pays lui envient : une jeunesse nombreuse, dynamique et pleine d’ambition. Encore faut-il qu’elle cesse d’être uniquement un thème de discours ou un indicateur statistique. Car une jeunesse qui ne trouve ni emploi ni perspectives peut devenir un facteur de fragilité. À l’inverse, une jeunesse écoutée, formée et accompagnée représente le meilleur investissement pour construire le Tchad de demain.
Martin HIGDE NDOUBA
